Le Blog d' Ezlearn Conseil

Les nouveaux mode de production de vidéo à l’ère de l’IA.

Deux minutes de vidéo, un budget mince, et l'interdiction formelle de ressembler à tout ce qu'on voit déjà passer sur YouTube. Voici comment j'ai testé les nouveaux modes de production vidéo à l'ère de l'IA.

Un éditeur de logiciel me contacte : il sort une nouvelle version avec application mobile associée. Il a besoin d'une vidéo de présentation pédagogique. Le brief est clair sur un point : pas question d'utiliser ces personnages IA devenus omniprésents, tous identiques, qu'on reconnaît au premier coup d'œil sur Youtube. L'idée est de mêler la mascotte manga du logiciel à des personnages humains, représentatifs des utilisateurs cibles.

Format : 2 minutes. Un budget serré mais qui n'empêche pas de bien faire et de s’amuser. Bref, nous ne nous sommes pas limitées côté créativité.

De l’importance du storyboard

C'est l'étape la plus chronophage, et la plus cruciale.

Au premiers jets les personnages sont générés dans un style à l'américaine. Ils sont placés dans des décors évoquant le passé ! Catastrophe, le client refuse catégoriquement. Il souhaite un univers cohérent avec celui du logiciel : moderne et chaleureux.

J’ai donc pris la place du réalisateur et metteur en scène avec un langage du cinéma : cadrage, place de la caméra, profondeur de champ, lumière. Chaque décor est décrit avec précision, chaque attitude de personnage aussi. J'ai travaillé avec Leonardo pour générer les visuels et Canva pour assembler le storyboard. Sans cette rigueur en amont, la suite qui consiste à créer les scènes filmées aurait été chaotique.

Production des séquences vidéo avec l’IA

Une fois le storyboard validé, place à la génération des séquences. Pour chaque plan, je décris le mouvement de caméra souhaité. J'ai été bluffée par la rapidité : quelques minutes suffisent pour obtenir une courte séquence, avec peu de retouches à prévoir. Des hallucinations ? Oui, forcément — l'IA génère parfois un détail qui n'était pas dans la demande. Mais rien de rédhibitoire. J'ai fait le choix de limiter le nombre de générations, à la fois pour des raisons de budget et par conviction : rester dans une production raisonnée plutôt que de multiplier les essais. Au total, une petite dizaine d'hallucinations à gérer sur l'ensemble de la vidéo, à vous de les découvrir !

Et l’audio dans tout ça ?

Sur ce projet, l'IA a montré une limite claire : les bruitages générés étaient trop envahissants, trop présents, au détriment du message. J'ai tranché pour une voix-off humaine. Un choix qui confirme ce que je répète souvent en formation : l'IA est un outil puissant, mais elle ne remplace pas un jugement pédagogique et artistique à chaque étape.

Mise en situation et personnage récurent

Cette logique de personnage récurrent n'est pas propre à la vidéo produite. Elle parle à toute personne qui construit des mises en situation : un persona stable, confronté à des situations différentes d'une capsule à l'autre, c'est exactement ce que beaucoup de formateurs cherchent à créer pour leurs propres jeux de rôle (accueil client, gestion de conflit, entretien annuel...) Au lieu de se demander "l'IA peut-elle le faire", la question devient "qu'est-ce que je veux que mon persona représente pour mes apprenants" ?

La formation du futur

Mêler les formats et modalités

Vouloir tout digitaliser me parait être une erreur. La période covid et les différents Mooc ont bien démontré le désengagement massif des apprenants, le sentiment d’abandon ou de solitude et la déshumanisation.

Je vois beaucoup d’avantages à mêler les formats et les modalités. Une partie à distance et une autre en réunion synchrone qu’elle soit présentielle ou à distance avec des ressources intelligentes. C’est à dire variées, complémentaires et ciblées.

Comment imaginer la structure d’un tel parcours ?

Le public cible

Une formation quelle qu’elle soit est crée dans un contexte particulier (public, objectif, domaine professionnel, objectif stratégique...)

L’analyse de ce contexte est essentiel pour concevoir une formation adaptée avec des activités d’apprentissage qui correspondent aux activités quotidiennes exercées par vos stagiaires.

L’architecture d’une formation hybride

Les formats à privilégier sont :

  • des audio courts (3 à 7 minutes)

  • des vidéos contextualisées

  • des activités type études de cas, résolution de problèmes, production à rendre

  • des temps de feedback constructifs

  • des temps synchrones très interactifs

Les modalités synchrones

Dans cette architecture des temps de travail en autonomie et individuels sont prévus.

Ils peuvent être suivis de travaux collectifs en sous-groupe envisageables en synchrones présentiel ou à distance.

Et enfin des temps de réunion du groupe complet permettent de

  • lancer la formation et fédérer le groupe

  • donner du feedback

  • engager des activités complémentaires

  • ou encore de proposer des interventions d’experts.

Dans quels cas utiliser des audio

Les audio sont à privilégier pour centrer l’activité d’apprentissage sur l’écoute sans pollution visuelle. Ces écoutes sont suivies de tests de mémorisation ou de compréhension.

Les audio peuvent aussi introduire une étude de cas.

Vous pouvez aussi utiliser l’audio pour donner des feedback à vos apprenants.

Enfin notez que l’audio est plus facile, plus rapide et moins couteux à produire que la vidéo.

Qu’est-ce qu’une vidéo contextualisée ?

Vous pouvez par exemple élaborer un scénario, jeu de rôle en vidéo, reprenant des situations vécues par vos apprenants. Et enchainer avec des questions qui entrainent d’autres questions selon les réponses. C’est un scénario à embranchement ou branching scénario.

La vidéo peut également être le support d’une activité de débat sur les bonnes postures.

Une troisième possibilité de vidéo est la mise en scène de personnages en situation professionnelle. Ils utilisent le vocabulaire clé ou les tournures de phrase types à mémoriser. Ça fonctionne très bien dans le cas de formation aux langues étrangères, par exemple.

En somme, vouloir tout digitaliser serait une erreur.

Il vaut mieux chercher à cibler les activités d’apprentissage en utilisant des formats variés. Le tout accompagné d’images précises et du son qui reprend la voix du formateur (et pas une voix de synthèse). Ce type de conception de formation favorise l’engagement de vos apprenants, la proximité et les interactions.