Le Blog d' Ezlearn Conseil

Mémoire, plume et guitare

Dans ma tête il y a toujours une chanson qui tourne, une musique, un refrain entendu la veille ou qui resurgit du passé. Longtemps j’ai cru que c’était totalement individuel jusqu’à lire l’ABCDaire intime de Jean-Claude Carrière, vous savez, le fameux scénariste. Il raconte que dans le café de ses parents, à Montreuil, un juke-box diffusait des variétés alors qu’il était ado. Plus tard, adulte, alors qu’il n’a pas l’oreille musicale, ces chansons qu’il trouve sirupeuses et banales lui reviennent en tête tous les matins, malgré lui, sans qu’il sache pourquoi. Et il se surprend à les fredonner 5 fois, 10 fois, toute la matinée! La stratégie d’ancrage mémoriel fonctionne à plein tube (c’est le cas de le dire), avec un résultat d’apprentissage durable très intéressant pour les pédagogues que nous sommes !

Aujourd’hui à la chorale de mon quartier, nous sommes une quarantaine adultes de 25 à 80 ans, nous tentons de retenir la mélodie, le rythme et les paroles des chansons écrites par nos 2 chefs de choeur. Ils ont beau nous supplier, nous menacer, il n’y a rien à faire, une grand majorité des chanteurs conservent la tête baissée sur les paroles pendant que nous répétons et que les chefs s’agitent pour nous envoyer les départs, nous impulser des nuances, bref pour nous diriger.

En juin lorsque nous chanterons en public, nous n’aurons plus droit aux papier et par miracle tout le monde connaîtra ses paroles !

Les neurosciences nous ont appris que mémoriser une chanson n'est pas un acte unique — c'est une combinaison de plusieurs mémoires qui s'activent en même temps. La mémoire des mots, celle du rythme, celle de la mélodie, et même la mémoire du corps, quand on bat la mesure ou qu'on ressent les voyelles dans sa gorge.

J’ai mené ma petite enquête auprès de mes collègues chanteurs et chanteuses pour comprendre comment chacun retient les paroles, qui s'enchaînent du couplet au refrain sans toujours suivre une logique évidente.

Et là surprise, chacun a sa méthode, sa porte d’entrée. Par exemple la kinesthésique : elle mémorise sa posture, la position de sa bouche, de ses mains et cela lui indique une émotion qui la ramène aux paroles.

L’autre, sémantique laisse son cerveau faire. S’il ne veut pas retenir, tel ou tel vers, elle ne force pas, (je suppose qu’elle fait du play-back ?)

Une troisième écrit des antisèches sur ses avant bras et oui même à 70 ans on fait des antisèches !

Pour ma part je me construit des images mentales qui se succèdent telle une Bande dessinée.

Et puis tous nous utilisons la mémoire procédurale (c’est à dire l’automatisme) en chantant et re-chantant sans cesse, vocalement mais aussi dans nos têtes car nous sommes habités par ces chansons sensibles et entrainantes !C’est indispensable car il s’agit de retentir les paroles bien sûr mais aussi de démarrer tous ensemble au bon moment et avec la bonne tonalité !

Le chercheur David Rubin, dans ses travaux sur la mémoire des traditions orales, démontre que ce qui aide le plus à retenir un texte chanté, c'est la superposition de contraintes : le rythme contraint la mélodie, qui contraint les mots. Chaque couche renforce l'autre. Et plus récemment, d’autres chercheurs ont démontré que plus on vieillit plus on retient en fonction de nos émotions. Et on le sait, les neurosciences le disent : les émotions sont un des piliers de l’apprentissage.

Alors je lance le défi de pédagogie active aux formateurs, enseignants et professeurs, à vos plumes et vos guitares, écrivez et enseignez vos ritournelles !

L’ABC Learning Design

Si je vous parle de cette méthode c’est qu’elle est à la fois créative, collective et drôlement efficace. Elle permet de transformer une formation présentielle en formation multimodale (c’est à dire présentiel et avec différentes modalités à distance : synchrone ou asynchrone) active.

L’originalité de la méthode c’est que l’on commence par imaginer une expérience apprenant, de formation basée sur l’activité.

Les fondements

Cette méthode ABC Learning Design a été élaborée et largement éprouvée par l’UCL : l’ University College of London qui a décidé de l’intégrer, depuis 2022 à sa méthode de conception de programmes universitaires. Elle est fondée sur plusieurs recherches. Celles de Clive Young et Nataša Perović de 2014 à 2020 dont la publication de référence, de 2016 est intitulée : « La conception rapide et créative d’un cours : aussi facile que ABC ? ». Et également sur les travaux de Diana Laurillard, professeure qui s’intéresse à la science de la conception des apprentissages avec les technologies numériques. Elle prône la collaboration des enseignants concepteurs et la diffusion des pratiques les plus efficaces et innovantes. Elle décrit 6 types d’apprentissages actifs : l’acquisition, la collaboration, la discussion, l’enquête, la pratique ou la production.

L’atelier

Cette méthode se pratique sous forme d’un atelier rapide de 1h30 à 2h maximum. Elle s’adresse à tous : formateur et non formateur répartis en petits groupes de 3 à 6 personnes. Un seul module sera scenarisé par groupe, au cours d’un atelier.

Étape 1 : le parcours idéal

Chaque groupe de concepteurs imagine succinctement le programme du cours avec le slogan, l’argument de vente, la proposition de valeur... Puis dessine la forme du programme sur une carte type radar (en forme de toile d’araignée avec 6 pointes représentant les 6 types d’apprentissages. Enfin, le groupe place un curseur entre présentiel et distanciel, selon le degré de modalité souhaité.

Étape 2 : le storyboard

Passons au déroulé ou storyboard, comme au cinéma, il représente l’illustration de la succession des scènes d’une séquence. Ici les scènes sont les types d’apprentissage. Un jeu de carte est distribué, chaque type d’apprentissage est représentée par une carte de couleur : l’acquisition en bleu, la collaboration en jaune etc.

Il s’agit de planifier la répartition des apprentissages dans un module en posant les cartes sur un canevas, grande feuille de papier au format A1. Il y a donc une succession de cartes de couleurs différentes. Une fois le plan approuvé par l’ensemble de l’équipe, on retourne les cartes « type d’apprentissage » une à une. Au dos de la carte se trouve une série de propositions d’activités numériques ou classiques. On coche celles que l’on retient (ou on ajoute la sienne). Et ainsi de suite pour chaque carte. L’avantage est qu’au premier coup d’oeil, grâce aux couleurs des cartes on constate la variété des situations et types d’apprentissage utilisés.

L’objectif est de déclencher une discussion argumentée et structurée pour entériner le choix des activités et de leur survenue. On se concentre donc sur l’expérience que va vivre l’apprenant plutôt que sur la déclinaison d’objectifs en sous objectifs... Attention l’objectif pédagogique reste le but à atteindre. Il a été défini en amont de la séance avec les autres données du programme.

Étape 3 : les évaluations

Quand tout le monde est d’accord, on ajoute les évaluations formatives et sommatives grâce à des étoiles argentées ou dorées collées sur certaines activités décidées en commun.

La comparaison entre le rêve et la réalité

Le graphe d’activité  , vous vous souvenez ? Le parcours idéal de départ est repris en fin d’atelier pour y tracer le radar de ce que le groupe a réellement conçu afin de comparer la différences entre son souhait et la réalité.

Prenez le tout en photo et présentez le résultat aux décideurs, autres formateurs ou aux stagiaires. Un résultat visuel actif et centré apprenant !

Références

ABC Learning Design @ UCL : https://blogs.ucl.ac.uk/abc-ld/

Laurillard, D. (2012) Teaching as a Design Science : Building Pedagogical Patterns for Learning and Technology. Routledge

Young, C. and Perović, N. (2016) Rapid and Creative Course Design: As Easy as ABC? Procedia – Social and Behavioral Sciences, 228, 390-395

Comment utiliser le podcast en formation ?

Aujourd’hui, je vous propose d’explorer comment utiliser les podcast en formation ?

Le podcast est à la mode ! Il est plus simple à fabriquer qu'une vidéo et vous aussi vous avez bien envie de fabriquer des podcasts mais pourquoi faire ? puisque finalement est-ce que ça ne revient pas à élaborer une partie de votre formation qui s'apparente à la bonne vieille méthode transmissive, un genre de prolongement du cours magistral, donc rien de nouveau puisque déjà dans les années 70 on distribuait des cassettes audio dans les universités.

Qu’est-ce qu’un podcast pédagogique ?

La différence aujourd'hui, c’est le numérique. Il existe un tas d'outils numériques qui rendent l’écoute de votre podcast, active. Et c'est bien là la différence entre le podcast pédagogique et le podcast de divertissement, tout se situe dans son écoute. Elle sera plus attentive, elle invitera à la prise de notes et à la réécoute.

Comment utiliser le podcast en formation ?

Votre podcast peut constituer une ressource complémentaire à la formation que vous avez donnée avec par exemple un témoignage d’expert·e qui serait plus concret et compléterait utilement les concepts enseignés, surtout s’ils sont complexes ou trop longs à développer.

Il peut également servir de base pour produire un plan, un résumé, une frise chronologique où bien encore pour faire se poser des questions ou pour un travail d'analyse.

Plus basiquement, vous pouvez associer l'écoute de votre épisode à un quiz pour que chacun vérifie qu'il a bien retenu et compris l'essentiel des informations.

Plus intéressant car vous gagnerez du temps, en effectuant des feed-back audio aux productions de vos apprenants. Votre voix constituera une prise en considération accrue, plus proche qu'un écrit succinct, selon le ton que vous employez bien sûr, en imaginant que vous y mettiez du vôtre.

Votre voix, un lien social

Si, comme moi vous utilisez votre voix pour fabriquer vos podcasts, vous prolongez le lien établi avec vos apprenants durant les formations parce que la voix constitue un formidable lien social entre l’auditeur et le locuteur. Elle renforce le sentiment de proximité. L'auditeur peut s'identifier au locuteur ou encore mieux, se reconnaître. Je dit encore mieux, car ce sera une situation idéale pour qu'il écoute jusqu'à la fin et mémorise vos propos.

Et là on s’approche du bonheur !

Références

Listen closely: prosodic signals in podcast support learning, Desiron & Schneider, 2024 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0360131524000654?via%3Dihub#bib32

Université de Louvain « Des pratiques pédagogiques exploitant le podCast audio » https://www.louvainlearninglab.blog/des-pratiques-pedagogiques-exploitant-le-podcast-audio/

Enregistrer, éditer et diffuser des audio avec une App

symbole du magnétophone à bande

Une App d’enregistrement et de montage audio

Si vous cherchez une App pour enregistrer votre voix, Lexis Audio Editor est vraiment simple et très pratique. Elle est gratuite aussi bien pour Android que pour iOS.

C'est une App idéale à utiliser pour enregistrer des bandes audio courtes sur le terrain et les diffuser très rapidement sur les réseaux sociaux.

Réglez le niveau d’entrée audio, enregistrez et supprimez les passages qui vous déplaisent. Ou encore, insérez d’autres paroles en plein milieu de votre bande audio ou écrasez une partie de l’enregistrement. Tout cela en un tour de main, avec vos gros doigts ! et sur votre téléphone portable.

Traitement du son et effets

Vous pouvez compresser, égaliser et normaliser l’audio. L’appli propose également une réduction du bruit environnant.

Si vous avez besoin de la voix de Dark Vador, utilisez le vocoder assez efficace. Quelques effets type écho ou réverbération sont mis à disposition.

Voix de synthèse sur l’App

Une fonction text to spech (TTS) vous propose de lire votre texte à l’aide d’une intelligence artificielle. Puis de l’intégrer dans votre bande audio.

En mode gratuit, vous avez droit à 250 caractères. Un peu court pour réaliser une fausse interview mais assez pour intégrer une voix originale en plein milieu de votre narration.

Un logiciel audio

C'est aussi un logiciel disponible aussi bien sur PC que sur Mac. Lexis Audio Editor permet l'enregistrement, l'édition et la diffusion de bande audio.

Certaines fonctions sont payantes, comme l'export en mp3 de votre fichier final, mais vous pouvez exporter gratuitement au format m4a.

Le tutoriel pour enregistrer avec Lexis

Et une formation pour aller plus loin

Vous pouvez aussi vous former au podcast : https://ezlearnconseil.fr/co/formation-podcast-audio.html

Les open badges

Avez-vous déjà gagné un ou des badges ?, Vous savez ces petits écussons numériques qui prouvent votre réussite à un test ou à une formation ou à un jeu sérieux bien sur !

Aujourd’hui, on ne valide plus un savoir avec un tampon « Participé avec succès », mais avec une image contenant des informations vérifiables, et surtout… linkedinables. Alors, comment et pourquoi les utiliser ?

Pourquoi les badges ?

Parce que l’invisible, ça se montre (enfin !)

Une grande partie de nos apprentissages notamment nos savoirs agir sont informels. Ces compétences acquises par l’expérience de la vie ou en visonnant des tutos YouTube à 2h du matin, en bidouillant un Excel, ou en gérant un conflit d’équipe… sont souvent invisibles. C’est ici que les badges entrent en scène : ils matérialisent l’immatériel.

Un outil de reconnaissance pour les apprenants

Un badge, c’est comme un like professionnel, il sert avant tout la reconnaissance. Celle-ci peut provenir de multiples horizons et être formelle ou informelle. Les badges valorisent des compétences, des expériences, ou même simplement un intérêt pour un sujet.

Vous pouvez imaginer un badge « Maîtrise du feedback constructif » ou «Chante en alto 2 à la chorale » ou « Référent éco-responsable dans l’établissement.

C'est un excellent moyen d’impulser de la confiance et de booster l’engagement, parce que tout le monde aime collectionner des preuves de sa valeur. Même les adultes. Surtout les adultes!

En formation à distance, ces outils de reconnaissance stimulent l'appétence pour les challenges, les défis ou encore les classements pour ceux qui aiment ça et contribuent à une motivation.

Utilité pour les organismes de formation

Pour les émetteurs, les organismes de formation ou les universités, les badges permettent de

  • mettre en lien des communautés, de relier les personnes via leurs compétences spécifiques.

  • rendre visible la progression en balisant le parcours

  • donne accès à un usage spécifique, comme une mini-formation au prototypage en fablab qui serait reconnue dans tous les fablabs de France.

Comment délivrer concrètement les Open Badges ?

Passons à la pratique. Il y a trois façons de distribuer vos badges, avec un niveau de contrôle variable.

  • Méthode descendante : C’est l’émetteur qui fixe les règles, les notes ou objectifs à atteindre. Lorsque l’apprenant a réussi à atteindre les objectifs, le badge est envoyé. Simple, mais un peu rigide, c’est idéal pour les compétences techniques du style « Sécurité en atelier », « RGPD level expert ».

  • Méthode dynamique: est plus centrée sur l’apprenant qui demande le badge lorsqu’il se sent prêt. Le formateur valide (ou pas) après un échange. Cette méthode est tout indiquée pour les soft skills où la preuve est souvent subjective comme par exemple pour le « Leadership collaboratif ». L’avantage est que cela responsabilise le candidat. l’inconvénient est que ça nécessite du temps et des ressources humaines.

  • Auto-attribution (style DIY) : l’apprenant s’auto-délivre un badge. Emetteur et bénéficiaire sont la même personne.Utile pour rendre visible des apprentissages personnels (« Apprentissage du python en autodidacte »). Les conditions sont de fixer un cadre avec des preuves par exemple vous pouvez déposer un projet GitHub et demander des témoignages utilisateur.

Vous pouvez délivrer ces badges de façon automatique sur votre LMS ou utiliser une plateforme qui les délivre pour vous.

Un portfolio

Un badge n'est pas qu'une jolie image. C'est un objet numérique simple et innovant qui intègre des métadonnées. Cela signifie que l’apprenant peut y attacher des preuves, des témoignages, des réalisations.

C’est un véritable portfolio de compétences pour documenter la pratique. Le badge aide les apprenants à se démarquer et à rendre visibles leurs soft skills. Ils sont de surcroît infalsifiables, vérifiables et portables. L'apprenant en est le propriétaire et peut l'afficher sur son CV, sa signature de mail ou les réseaux sociaux.

Plutôt que d’écrire sur son CV, « je maîtrise excel » le candidat affiche le badge « Excel, niveau avancé ». Le recruteur clique et peut voir les preuves.

Comment utiliser les badges ?

On peut déterminer des catégories de badges de :

  • la bienvenue pour rendre l’arrivée en entreprise ou sur un logiciel plus amicale (user-friendly) ou pour aider à comprendre les étapes à suivre.

  • d’activité complétée: avant d’être décerné, le badge est éventuellement validé par un tuteur qui prend donc connaissance de la progression du participant

  • d’exécution d’un service volontaire ou aide des pairs… le badge apporte une reconnaissance de l’effort de participation, une motivation à passer à l’action

  • d’obtention d’un contrat de travail

  • d’obtention de compétences : ici le badge marque les étapes franchies, la progression. Il participe à la structure et permet de progresser à son rythme et dans l’ordre de préférence.

  • achèvement du programme de formation : marque la réussite, permet de collecter les preuves

  • engagement pour certaine cause : reconnait la curiosité et l’engagement dans d’autres activités, l’obtention d’autres compétences comme le badge « formateur agile »et la capacité à s’engager et agir su son environnement personnel et professionnel.

Les open badges

Plus spécifiquement les Open badge ont un format ouvert, vérifiable et interopérable par n’importe qu’elle plateforme sans dépendre d’un éditeur propriétaire.

Les outils pour délivrer des badges

Pour déployer des Open Badges, des logiciels existent, tels qu'Open Badge Factory ou Badgr pour les émetteurs et Mozilla Backpack ou Open Badge Passeport pour conserver ses badges.

La règle d’or

Pour l’apprenant comme pour l’organisme émetteur, il est nécessaire de se poser les bonnes questions : que rendre visible, pour qui, et pourquoi ?

Qualiopi et les badges

Cerise sur le gâteau le badge aide à répondre au critère 3, indicateur 11 de Qualiopi ! en tant que certificat de validation des connaissances et de compétences. On peut l’imaginer adossé à une certification inscrite au registre spécifique de France compétences.

En conclusion

Un badge, c’est une partie de diplôme ou un complément, en plus transportable. Les badges sont une manière ludique et efficace de valoriser les apprentissages, qu'ils soient formels, informels, ou même issus d'expériences de vie.