Publié le mercredi, 1 juil. 2026
Deux minutes de vidéo, un budget mince, et l'interdiction formelle de ressembler à tout ce qu'on voit déjà passer sur YouTube. Voici comment j'ai testé les nouveaux modes de production vidéo à l'ère de l'IA.
Un éditeur de logiciel me contacte : il sort une nouvelle version avec application mobile associée. Il a besoin d'une vidéo de présentation pédagogique. Le brief est clair sur un point : pas question d'utiliser ces personnages IA devenus omniprésents, tous identiques, qu'on reconnaît au premier coup d'œil sur Youtube. L'idée est de mêler la mascotte manga du logiciel à des personnages humains, représentatifs des utilisateurs cibles.
Format : 2 minutes. Un budget serré mais qui n'empêche pas de bien faire et de s’amuser. Bref, nous ne nous sommes pas limitées côté créativité.
De l’importance du storyboard
C'est l'étape la plus chronophage, et la plus cruciale.
Au premiers jets les personnages sont générés dans un style à l'américaine. Ils sont placés dans des décors évoquant le passé ! Catastrophe, le client refuse catégoriquement. Il souhaite un univers cohérent avec celui du logiciel : moderne et chaleureux.
J’ai donc pris la place du réalisateur et metteur en scène avec un langage du cinéma : cadrage, place de la caméra, profondeur de champ, lumière. Chaque décor est décrit avec précision, chaque attitude de personnage aussi. J'ai travaillé avec Leonardo pour générer les visuels et Canva pour assembler le storyboard. Sans cette rigueur en amont, la suite qui consiste à créer les scènes filmées aurait été chaotique.
Production des séquences vidéo avec l’IA
Une fois le storyboard validé, place à la génération des séquences. Pour chaque plan, je décris le mouvement de caméra souhaité. J'ai été bluffée par la rapidité : quelques minutes suffisent pour obtenir une courte séquence, avec peu de retouches à prévoir. Des hallucinations ? Oui, forcément — l'IA génère parfois un détail qui n'était pas dans la demande. Mais rien de rédhibitoire. J'ai fait le choix de limiter le nombre de générations, à la fois pour des raisons de budget et par conviction : rester dans une production raisonnée plutôt que de multiplier les essais. Au total, une petite dizaine d'hallucinations à gérer sur l'ensemble de la vidéo, à vous de les découvrir !
Et l’audio dans tout ça ?
Sur ce projet, l'IA a montré une limite claire : les bruitages générés étaient trop envahissants, trop présents, au détriment du message. J'ai tranché pour une voix-off humaine. Un choix qui confirme ce que je répète souvent en formation : l'IA est un outil puissant, mais elle ne remplace pas un jugement pédagogique et artistique à chaque étape.
Mise en situation et personnage récurent
Cette logique de personnage récurrent n'est pas propre à la vidéo produite. Elle parle à toute personne qui construit des mises en situation : un persona stable, confronté à des situations différentes d'une capsule à l'autre, c'est exactement ce que beaucoup de formateurs cherchent à créer pour leurs propres jeux de rôle (accueil client, gestion de conflit, entretien annuel...) Au lieu de se demander "l'IA peut-elle le faire", la question devient "qu'est-ce que je veux que mon persona représente pour mes apprenants" ?
Catégories : Vidéo , Multimédia , IA Publié le mercredi, 17 juin 2026
Mêler les formats et modalités
Vouloir tout digitaliser me parait être une erreur. La période covid et les différents Mooc ont bien démontré le désengagement massif des apprenants, le sentiment d’abandon ou de solitude et la déshumanisation.
Je vois beaucoup d’avantages à mêler les formats et les modalités. Une partie à distance et une autre en réunion synchrone qu’elle soit présentielle ou à distance avec des ressources intelligentes. C’est à dire variées, complémentaires et ciblées.
Comment imaginer la structure d’un tel parcours ?
Le public cible
Une formation quelle qu’elle soit est crée dans un contexte particulier (public, objectif, domaine professionnel, objectif stratégique...)
L’analyse de ce contexte est essentiel pour concevoir une formation adaptée avec des activités d’apprentissage qui correspondent aux activités quotidiennes exercées par vos stagiaires.
L’architecture d’une formation hybride
Les formats à privilégier sont :
des audio courts (3 à 7 minutes)
des vidéos contextualisées
des activités type études de cas, résolution de problèmes, production à rendre
des temps de feedback constructifs
des temps synchrones très interactifs
Les modalités synchrones
Dans cette architecture des temps de travail en autonomie et individuels sont prévus.
Ils peuvent être suivis de travaux collectifs en sous-groupe envisageables en synchrones présentiel ou à distance.
Et enfin des temps de réunion du groupe complet permettent de
lancer la formation et fédérer le groupe
donner du feedback
engager des activités complémentaires
ou encore de proposer des interventions d’experts.
Dans quels cas utiliser des audio
Les audio sont à privilégier pour centrer l’activité d’apprentissage sur l’écoute sans pollution visuelle. Ces écoutes sont suivies de tests de mémorisation ou de compréhension.
Les audio peuvent aussi introduire une étude de cas.
Vous pouvez aussi utiliser l’audio pour donner des feedback à vos apprenants.
Enfin notez que l’audio est plus facile, plus rapide et moins couteux à produire que la vidéo.
Qu’est-ce qu’une vidéo contextualisée ?
Vous pouvez par exemple élaborer un scénario, jeu de rôle en vidéo, reprenant des situations vécues par vos apprenants. Et enchainer avec des questions qui entrainent d’autres questions selon les réponses. C’est un scénario à embranchement ou branching scénario.
La vidéo peut également être le support d’une activité de débat sur les bonnes postures.
Une troisième possibilité de vidéo est la mise en scène de personnages en situation professionnelle. Ils utilisent le vocabulaire clé ou les tournures de phrase types à mémoriser. Ça fonctionne très bien dans le cas de formation aux langues étrangères, par exemple.
En somme, vouloir tout digitaliser serait une erreur.
Il vaut mieux chercher à cibler les activités d’apprentissage en utilisant des formats variés. Le tout accompagné d’images précises et du son qui reprend la voix du formateur (et pas une voix de synthèse). Ce type de conception de formation favorise l’engagement de vos apprenants, la proximité et les interactions.
Publié le vendredi, 22 mai 2026
Je vous parle aujourd’hui de droit à la propriété intellectuelle lorsqu’on utilise l’IA pour créer ses supports pédagogiques.
Vous vous souvenez de mon billet précédent dans lequel je vous parle de Georges Méliès et du pillage de ses œuvres, notamment de son film « Le voyage sur la lune ? »
Aujourd’hui l’IA a automatisé ce système de pillage pour nous permettre de générer des contenus. Mais qui est l’auteur de ces contenus ? Comment définit-on une oeuvre à l’ère de l’IA?
Dans ce billet, je ne parle pas d’assistance par l’IA qui est un outil supervisé par l’humain (comme photoshop). On ne parle pas non plus de droit à l’image ou à la voix qui sont des autres sujets.
IA générative, de quoi parle-t-on ?
Voici la définition adoptée par l’IA Act (l'Artificial Intelligence Act), en février 2024, par les états membres de l’union européenne :
Nous parlons ici de l’IA générative ; c’est à dit dire d’un système automatisé d’algorithme et de traitements des données prévu pour fonctionner avec différents niveaux d’autonomie et d’adaptabilité qui génère des prédictions, recommandations, du contenu (des images ou des sons) qui peuvent influencer des environnements physiques ou virtuels.
Une œuvre générée avec l’IA est-elle une œuvre de l’esprit ?
Un petit rappel : le droit d’auteur s’applique sur une œuvre s’il y a une empreinte de la personnalité c’est à dire un caractère d’originalité.
En cas de contentieux c’est un juge qui décide si l’oeuvre est originale ou pas.
Mais aujourd’hui, le sujet est controversé.
L’IA n’est pas considérée comme auteur mais un outil pour produire.
Toutefois, lorsque l’humain écrit un prompt avec ses différentes reprises qui permet de générer une image, il guide l’algorithme jusqu’à créer une image nouvelle. Il y a donc une intention, celle de l’auteur du prompt. Est-ce une création ?
Le juge doit pouvoir percevoir le geste créatif de l’auteur pour décider si c’est une œuvre de l’esprit ou pas. Il est donc nécessaire de documenter son travail, et de conserver ses prompts.
L’IA respecte-t-elle le droit d’auteur ?
Y a t il reproduction ou représentation d’une oeuvre quand on utilise l’IA ? Y a t il ou pas atteinte au droit d’auteur ?
Dalle, Midjourney, Gemini ou Nanobanana génèrent des images et du son.
Pour répondre à toutes ces questions, il faut pouvoir identifier les œuvres utilisées par l’IA. Cela nécessite donc une transparence totale des entreprise d’IA.
L’IA peut avoir pris très peu de votre photo : quelques pixel, une lumière, un geste. Mais l’IA doit être capable d’indiquer quels images et quelles données, il a utilisé pour créer des photo ou des vidéos par exemple.
Aujourd’hui, il n’ a pas distinction si une source relève du DA ou pas (photo soumise au DA et une photo du commun des mortels)
Les bonnes pratiques consistent à
Faire preuve de transparence en indiquant « œuvre réalisée avec intervention de l’IA) afin que le public soit informé.
Déclarer les auteurs dont les œuvres ont été utilisées pour réaliser votre contenu, si l’IA vous donne ses informations et tant qu’elle n’est pas obligée. Mais les choses bougent car une recommandation du parlement européen a été voté en ce sens en mars 2026. Attendons de voir la suite...
Catégories : droit , IA , Multimédia Publié le vendredi, 15 mai 2026
Quelle oeuvre vous pouvez exploiter pour fabriquer vos supports pédagogiques ?
Qu’est-ce que le droit d’auteur ?
Commençons par nous intéresser à Georges Méliès.
Le voyage dans la lune
Georges Méliès, passionné de magie a inventé les effets spéciaux au cinéma en 1896. “Le voyage dans la lune” a eu un tel succès que de nombreuses copies ont été effectuées sans demander l’accord à son auteur. A l’époque, aucune loi ne protégeait Méliès.
Aujourd’hui, en France, dès qu’une oeuvre est créée, elle est protégée par le code de la propriété intellectuelle. Une oeuvre de l’esprit peut être littéraire, artistique ou industrielle.
Le droit d’auteur
Le droit d’auteur est composé du droit moral et du droit patrimonial
le droit moral est attaché à la personne. Il signifie que l'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.
le droit patrimonial ou d’exploitation appartient à l’auteur. Il indique que l'auteur jouit, sa vie durant, du droit exclusif d'exploiter son oeuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l'auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droits, durant 70 ans. Puis elle tombe dans le domaine public.
Le droit d'exploitation ou droit patrimonial
Le droit d'exploitation appartient à l'auteur.
Il comprend le droit de représentation et le droit de reproduction. La reproduction consiste en la fixation sur un support matériel.
Pour représenter ou reproduire intégralement ou partiellement une oeuvre, vous devez obtenir le consentement de l'auteur ou de ses ayants droits.
Quelle oeuvre pouvez-vous utiliser?
Vous pouvez utiliser
toutes les oeuvres du domaine public
les oeuvres sous licence creative commons en respectant les permissions d’utilisation. La licence intitulé « CCBYNCND », veut dire : licence creative commons pour le CC, le BY veut dire qu’il y a obligation de citer l’auteur, le NC : de ne pas faire de profit commercial et le ND de ne pas transformer l’oeuvre. Il y a d’autre licence, je vous invite à les explorer sur le site de creative commons.
de façon exceptionnelle sont autorisées :
les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé donc non destinées à une utilisation collective », et
les « analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information ».
Propriété morale
Si vous utilisez une oeuvre dans votre support pédagogique, elle reste la propriété morale de son auteur, le support pédagogique sera une oeuvre composite car elle appartient aux 2 auteurs.
Dans tous les cas, n’oubliez pas de mentionner le nom de l’auteur et de son oeuvre.
Publié le mercredi, 15 avr. 2026
Si comme moi, vous créez des ressources pédagogiques numériques multimédia, vous connaissez certainement H5p. Moi j’adore mais je rechigne parfois à créer certaines ressources car c’est assez chronophage.
Aujourd'hui, je voudrais vous parler de Caramel, une application web formidable qui s’appuie sur l’IA embarqué pour créer des activités au format H5P et au format Moodle en un tour de main.
Qui a créé l’outil ?
Cette boite de d’excellents caramels a été créée par deux enseignants — Gauthier Remande, professeur de lettres-Histoire et Emmanuel Gaunard, professeur de mathématiques. Bravo messieurs !
Le LMS Moodle et H5p son extension activité pédagogique
Moodle est le LMS le plus répandu dans le monde, il est australien, open source et bénéficie dans très grande communauté internationale et française également. Avec Caramel vous pouvez créer des banques de questions en quelques secondes au format xml et les importer ensuite dans moodle..
H5P est un outil créé par des norvégiens, open source également et embarqué sur Moodle. Il permet d’enrichir le LMS avec des activités pédagogiques diverses variées et multimédia. Comme par exemple des Cartes mémoires, des exercices de Glisser-Déposer, des Texte à trous, des Mots croisés, frise chronologique et plein d’autres encore.
Comment fonctionne caramel ?
Pour créer une activité,
indiquez votre rôle formateur (en santé et sécurité au travail par exemple),
écrivez votre sujet : «les dangers de l’exposition au bruit sur le long terme » par exemple.
choisissez entre une production simple et rapide et une autre plus avancée qui vous permet de lui donner vos documents comme base de travail et de préciser le niveau de vos élèves.
indiquez la ressources que vous voulez produire
sélectionnez une des trois IA intitulées caramel mou, caramel coulant ou caramel dur (vous dépensez plus ou moins de ressources IA et chaque modèle sera plus ou moins rapide, riche, nuancé ou complet).
Et en quelques secondes vous téléchargez un fichier au format H5p ou xml
Et vos données, vous allez me demander ?
Cerise sur le caramel, vous n’avez pas besoin de créer un compte pour utiliser l’application, il ne stocke aucune données personnelles. Lorsque vous lui confiez vos documents de références pour qu’il vous créé des quizz ou tout un tas d’autres exercices, aucune données pédagogiques ne quitte le navigateur, l’IA est appelée via un serveur infrastructure de l’enseignement supérieur français (ILAS) qui vise une IA générative de confiance, robuste, éthique, et sobre.
Où trouve-t-on cette application ?
Cette application est hébergée dans Apps Education et dans la Forge des communs numériques (le site de la communauté d’enseignantes et d’enseignants français qui créent et partagent des logiciels et des ressources éducatives libres). Promis je vous ferai un billet sur ce sujet, très prochainement.
Je vous souhaite une bonne dégustation mais n’abusez pas des caramels...