Un design inclusif pour la formation

Nous abordons

L’inclusion ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Pour définir l’inclusion, je vais peut-être d’abord parler d’intégration qui est un terme beaucoup plus utilisé et beaucoup plus connu.

Dans une situation d’intégration, une personne qui a une caractéristique distinctive, une situation de handicap par exemple, s’intègre ou accède au milieu dit « ordinaire », pour autant qu’elle respecte et s’adapte au système et à ses règles strictes.

L’inclusion c’est l’étape encore d’après. C’est quand le système va englober la diversité et répondre aux besoins de tous les individus en supprimant les obstacles à l’accès et à la participation.

En fait dans une situation d’inclusion, le système s’adapte pour tenir compte des caractéristiques distinctes et distinctives de tous les individus.

Mais l’inclusion ça va encore plus loin que ça.

L’inclusion ça veut aussi dire et signifier que tout le monde lit la même chose au même moment et est capable de partager cette expérience. L’inclusion c’est le fait que chacun se sente aussi en sécurité, accueilli et valorisé avec ses caractéristiques distinctives.

Comment utiliser le multimédia pour tous ?

A l’heure où l’apprentissage à distance se développe à la vitesse du son, nous utilisons , nous autres ingénieurs pédagogiques beaucoup plus l’image et le son. Comment utiliser le multimédia pour tous ?

Pour apprendre, tout individu mobilise une des 3 modalités suivantes : la vue, l’ouïe ou le mouvement.

Mais c’est en mobilisant les 3 conjointement que nous mémorisons le mieux.

Donc, une personne malentendante mobilisera la vue ou le mouvement. Ce qui est juste plus accentué pour cette personne que pour une personne non handicapée qui mémorise mieux avec des visuels ou des jeux de mots.

Du coup, un multimédia conçu pour des personnes avec différents types de handicap se révèle bénéfique pour tout le monde. C’est par exemple, l’histoire du sms inventé pour les personnes sourdes, que tout un chacun utilise aujourd’hui.

L’universal design Kesako ?

L’universal design, en français on dit conception universelle ; C’est la conception de produits, d’équipements, de programmes ou de services qui puissent être utilisés par tous et toutes, sans nécessiter d’adaptation.

Pour les formations à distance, c’est par exemple intégrer dans les outils comme Google doc ou Framapad des fonctions d’accessibilité.

Et là, je vais prendre l’exemple d’une fois où je me suis foulé le poignet de synthèse, j’avais une atèle et donc je ne pouvais plus taper à l’ordinateur ni sur le clavier. Du coup dans Google doc, il y a une fonction de synthèse vocale qui me permettait de parler dans un micro et de voir le texte s’écrire de manière à ce que je puisse continuer comme toujours.

Initialement conçue pour les personnes malvoyantes ou ayant une mobilité réduite dans le haut du corps, la synthèse vocale est utile pour toutes personnes voulant lire un document et mener une autre activité. Conduire ou repasser, par exemple, en même temps.

C’est aussi utile pour toute personne ayant temporairement une attelle au poignet ou un handicap temporaire. Ce qui était ma situation.

Si je prends un autre exemple, dans le cadre des formations en présentiel, c’est par exemple construire une rampe pour accéder à un bâtiment. C’est pensé bien sur pour les personnes en fauteuil roulant, mais c’est aussi utile pour des parents avec des poussettes, des personnes chargées de bagages ou de colis, et toute personne utilisant des béquilles temporairement.

La conception universelle, et ça c’est un élément important, ça n’exclut pas les appareils et accessoires fonctionnels pour des catégories particulières de personnes handicapées là où c’est nécessaire.

Par exemple, une personne malvoyante va utiliser un clavier Braille qui ne sera pas utilisé par tous mais qui est une option pour cette personne parce qu’elle préfère utiliser le Braille plutôt que écouter ou parler via une fonction de synthèse vocale. C’est aussi l’exemple de la traduction en langue des signes pour les personnes sourdes.

Exemple

Nous avons conçu un cours en ligne sur l’égalité des genres et l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la formation professionnelle. L’un des nombreux exercices porte sur les 7 principes clés de la Conception universelle, justement.

Pour respecter le fond et la forme, nous avons appliqué ces principes à la propre conception de notre cours, évidemment. D’où notre choix des cartes interactives d’ H5p[6].

Au cours de cet exercice – celui des cartes interactives -l’apprenant ou l’apprenante découvre ce que veut dire chacun des 7 principes. Afin qu’il ou elle stimule ses différents sens et retienne ces éléments, l’information est véhiculée de manière différentes.

À l’écrit d’abord : avec une phrase expliquant avec des mots simples chaque principe, donc un indice et en résumé en quelques mots, ça c’est la réponse. Quand l’apprenant ou l’apprenante retourne la carte.

Après l’écrit on a une image pour expliquer ce que chaque principe veut dire, de manière à se représenter visuellement ce que ça peut vouloir dire.

Et puis l’audio – donc on stimule le sens oral - avec un indice qui est verbalisé, qui est oral pour aider l’élève à encore mieux mémoriser.

L’exercice des cartes interactives de H5P[6] est un exercice très complet et c’est bon exemple pour illustrer notre propos d’aujourd’hui qui a trait à la conception universelle.

Comment élaborer un support inclusif ?

Pour réaliser un cours en e-learning inclusif, ça passe par une conception qui va mobiliser l’ouïe, la vue et le mouvement. C’est l’exemple des Cartes de dialogue que je viens de vous présenter.

A défaut, un format alternatif peut être proposé : un script pour une interview vidéo ou un podcast, par exemple.

Mais pourquoi c’est important de penser inclusif ? Parce que quand on pense inclusif, on améliore ses cours pour tout le monde : ils sont plus engageants et plus interactifs pour les personnes qui ne sont pas en situation de handicap.

Il faut aussi se rappeler que l’adoption de l’Acte d’accessibilité européen et de lois françaises sont entrain de rendre l’accessibilité obligatoire.

Par exemple, c’est ainsi un des critères pour obtenir Qualiopi, la certification dans la formation. C’est une des conséquences directes de la mise en œuvre de la directive web-accessibilité dont je parlais au tout début de cet entretien.

Un truc ou une astuce ?

L’accessibilité ça ne se fait pas à coups de check-lists ! Mais j’ai quand même 5 conseils pour bien commencer, pour essayer de vous guider :

  1. S’assurer que tout le texte est de taille 12 ou plus. Donc choisir une police suffisamment grande.

  2. Utiliser des couleurs suffisamment contrastées : Par exemple, du noir sur fond blanc,

  3. Ajouter du texte alternatif aux images informatives et masquer les autres

  4. Inclure des sous-titres et des transcriptions pour tout contenu vidéo et audio

  5. Présenter le contenu de manière logique : mêmes couleur et même police pour les informations de même niveau

Je pense que ce sont cinq conseils de base qui peuvent mettre sur la bonne voie pour développer des contenus inclusifs et des cours en ligne inclusifs.

En résumé

Pour récapituler, en tant que formateur indépendant, si je veux être inclusif, je peux commencer simplement à

  • choisir des visuels pertinents

  • vérifier leur lisibilité

  • intégrer des média audio dans mes supports

Exactement, l’idée, c’est d’offrir plusieurs modalités d’apprentissage qui vont être utilisées différemment par des personnes qui sont en situation de handicap et une personne qui n’est pas en situation de handicap va pouvoir utiliser de manière assez complète.

H5P est un outil de création de contenu pédagogique interactif.

Nadège est spécialiste de l’égalité des genres et de l’inclusion des personnes en situation de handicap. Elle a travaillé pour le Forum européen des personnes handicapées. Elle a travaillé à l’adoption de la directive de l’accessibilité du web et le respect des normes du World Wide Web Consortium (W3c)

Nadège Riche nadege@commoning.co

L'inclusion

des hommes et des femmes sont représentés avec le ou les symboles de genres qu'ils ont déterminés eux même14 personnes avec des handicaps différents se tiennent la mainUn cercle incluant de multiples petits ronds de couleurs différentes