Apprendre du vivant
![]() | Aujourd'hui, je me rends au festival de l'apprendre 2025, à Toulouse. Il se déroule au Tiers lieux "Les herbes folles" et a pour thème "Apprendre du vivant". Quelles sont les échos ou résonances qui permettent d'apprendre? Trois auteurs nous racontent une expérience d’apprentissage qui a transformée leur vie. Puis lors du débriefing des écoutes, nous nous interrogeons sur l’écho des récits en nous. Pour la 6ème année consécutive, le cercle APE (https://cercleape.com), en résonance avec Learning Planet Institute, organise le festival de l’apprendre. Ce festival de l’apprendre a été organisé localement, à Toulouse par l'association « Les équipières » avec Ago-formation et La Rosée, le réseau des tiers-lieux d'Occitanie. |
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Résumé de nos échanges
Cet épisode de podcast explore le thème de l'apprentissage à travers les résonances, en assistant au festival de l'apprendre, un événement annuel. Il se déroule dans un tiers-lieu appelé "Les Herbes Folles," un espace en transformation abritant divers projets sociaux et culturels, dont un cinéma indépendant et un habitat participatif.
Valentina Romano, de l'association Les Équipières, explique que le festival de cette année est centré sur "apprendre du vivant," en mettant l'accent sur les résonances et les récits humains. Elle introduit le concept de résonance, emprunté au sociologue Hartmut Rosa, comme un mode de relation au monde marqué par une dimension responsive.
Trois intervenants partagent leurs expériences :
Elisabeth : parle de son parcours scolaire et de ses rencontres marquantes, notamment avec Anne-Marie, une femme inspirante qui l'a aidée à développer des compétences variées et à s'engager dans des causes justes.
Ludovic : raconte ses transitions professionnelles, passant de la vente forcée à un rôle de conseiller en formation, puis à la création de sa propre structure, en utilisant la loi "Liberté de choisir son avenir professionnel" pour financer sa formation.
Marion : évoque son déménagement à la campagne, initialement motivé par un projet d'agriculture urbaine, et comment cette expérience a transformé sa vision de la vie et ses préjugés.
L'épisode se termine sur une réflexion collective, après les récits, les participants partagent leurs ressentis. Ils soulignent, pour les uns, la vulnérabilité ressentie en racontant leurs histoires sans feedback immédiat, et pour les autres, l'impact émotionnel de l'écoute active et la rareté de telles expériences dans la vie quotidienne.
Résumé élaboré par l'IA de Mistral, le Chat, à partir de la transcription intégrale (ci-dessous) et rectifié par mes soins.
Les dessins de Farah Harmouch
Transcription des échanges
Bonjour, bienvenue sur le podcast de l'apprentissage par le multimédia. Je suis Frédérique Bertelet et je vous propose aujourd'hui de nous rendre dans un endroit très particulier où se déroule le festival de l'apprendre. Ce festival annuel est, cette année, consacré aux résonances. Lorsqu'on travaille le son, comme c'est mon cas, on cherche plutôt à les éviter. Mais Valentina Romano, dès que je vais la trouver, va nous expliquer l'intérêt des résonances pour l'apprentissage.
Alors, d'abord, je cherche la sonnette, c'est un timbre de vélo !
C'est Élodie qui m'accueille : Bienvenue aux Herbes Folles. Comme vous le voyez, vous êtes dans un espace qui est pas mal en travaux, en transformation, un espace qui est vivant. Avant, c'était des espaces de la métropole, des espaces d'ateliers, les archives municipales, et du coup, on est venu proposer un projet avec trois entités différentes. Au fond, de l'autre côté, le bâtiment de couleur que vous voyez par la fenêtre, La forêt électrique, est un cinéma indépendant qui accompagne à la réalisation de films. Le gros chantier qu'on voit en plein milieu, c'est un habitat participatif porté par un bailleur social, le COL, avec l'animation de Faire-ville.
En ce moment, on est dans le bâtiment du pôle d'économie sociale et solidaire des herbes folles. Notre projet, c'est de garder tout l'espace du rez-de-chaussée comme des espaces d'ateliers. On a quatre asso qui sont là : la mécanique vélo, un espace menuiserie, un espace de conditionnement pour des boîtes en verre, pour travailler autour des logiques d'économie circulaire, et ensuite, du coup, sur les salles d’en haut, on a des espaces de co-working. On est à peu près une dizaine d'asso sur cet espace. Voilà un peu pour la présentation générale. Juste, notre parti pris aussi au niveau de ce bâtiment, nous, c'est de retaper le bâtiment et, en fait, on est depuis 2020, agréé atelier d'insertion et donc, on a une équipe qui travaille sur la rénovation du bâtiment avec des matériaux de réemploi. On peut aussi parler de logique d'économie circulaire. On retape des pièces avec tout ce qu'on peut récupérer, en matière de bâtiment.
Je suis Valentina Romano, de l'association les équipières. Depuis 2017, chaque année, sur tout le territoire national, les cercles APE, qui est un réseau informel de personnes passionnées par l'expérimentation de formes différentes d'apprendre - donc les cercles APE organisent ce festival chaque année, c'est le festival de l'apprendre.
Et le thème cette année, c'est apprendre du vivant, nous nous formons naturellement. Nous avons choisi d'interpréter ce festival, apprendre du vivant, avec l'écho des récits: apprendre du vivant, c'est aussi apprendre par les êtres humains, avec les êtres humains, et apprendre de ce qui est vivant de ceux qui vibrent, de ceux qui parlent, de ceux qui créent doucement ou bruyamment. Ap-prendre, c'est la main qui prend, qui capte, qui fait sien.
Aujourd'hui, nous vous proposons de vivre l'expérience de l'écoute et de la résonance entre êtres humains, dans cet environnement, qui est un lieu tiers, un tiers lieu. Nous allons peut-être expérimenter la résonance. Donc la résonance, et je vais emprunter des les mots de : Hartmut Rosa, qui est le sociologue allemand qui a théorisé la résonance. Donc, c'est un mode de rapport au monde marqué par une dimension responsive.
Je suis affecté par une chose, par une personne, par une oeuvre d'art, et à mon tour, j'exprime une émotion. Je touche, affecte l'autre. Le monde parle. Je parle. Les deux côtés parlent de leur propre voix. La résonance peut surgir là où on ne l'attendait pas. Elle peut également ne pas survenir alors même que toutes les conditions semblent réunies.
Alors nous vous proposons de venir aujourd'hui écouter les récits de nos auteurs :
Elisabeth nous propose « En chemin, elle rencontre des miroirs en perspective ».
Ludovic nous propose « Prendre un titre de loi au pied de la lettre pour être libre ».
Marion avec « Déménager par hasard à la campagne, a changé ma vision de la vie ».
Et puis dans un troisième temps, on reviendra tous ensemble dans cette salle pour partager et partager le vécu de ses expériences d'écoute.
Alors, je m'appelle Elisabeth, puisque le thème, c'était celui de l'apprendre. J'ai décidé que le fil conducteur pour moi serait celui du lien avec les savoirs. Et plus particulièrement ceux qui sont précieux aujourd'hui grâce à quelques expériences et rencontres que j'ai fait, dans ma vie, des rencontres importantes.
Première chose. Pour moi, ça passe évidemment par l'école. C'est une chance de pouvoir y aller. J'en ai conscience. Mais j'ai pas l'impression que c'est là où j'ai le plus appris. En tout cas jusqu'au lycée. Donc ça fait quand même un peu long. Et pourquoi j'essayais de réfléchir, je pense, que j'ai été contrariée. J'ai trouvé deux anecdotes qui n'en sont pas en fait. Pour commencer, j'ai quatre ans et je suis gauchère. Donc je suis différente. Et ma maîtresse qui est un produit de la très vieille école décide de m'attacher la main à la chaise pour donc m'interdire de l'utiliser.
L'année suivante, j'ai trouvé, à cinq ans, le courage de dire à ma maîtresse qu'il fallait qu'elle me redonne ma liberté. A sept ans, j'apprends en leçon de grammaire que le masculin l'emporte sur le féminin. Et là, je sors de la classe très fâchée. Je me souviens très bien. D'autant quand même que j'avais l'impression que c'était une règle qui s'appliquait aussi dans la vraie vie.
En tout cas, sur mon chemin, j'ai rencontré les inégalités et les sciences humaines. Et donc la deuxième rencontre que j'ai faite. C'est celle d'Anne-Marie. Anne-marie à l'époque. J'ai vingt deux ans. Elle en a cinquante. Je cherche mon premier travail. Je postule à Paris dans une association qui accompagne des femmes pour sortir des violences conjugales. J'arrive devant l'association et j'ai l'impression d'être chez moi. Anne-marie est directrice. Elle me reçoit un entretien d'embauche. Elle est impressionnante, ses voix, ses attitudes, sa corpulence, sa présence, ses questions, son esprit très vivace. Alors la rencontre se fait, le job est pour moi et elle me fait confiance. Alors au sein de l'association, où on a travaillé ensemble et j'ai travaillé avec un mari plusieurs années- pendant dix ans au moins- je vais vivre une expérience fondatrice. Je vais apprendre beaucoup de choses à ses côtés. Comment on accompagne dans le respect et la conviction que chaque vie de femme brisée n'est pas désespéré. Comment on travaille de manière engagée et professionnelle en équipe. Comment on défend ses valeurs en créant des projets simples et courageux. Comment la confiance en soi et avec les autres se cultive et se transmet. Mais aussi la comptabilité, le droit, la psychologie, la communication, les partenariats et bien plus encore. Tout ça au service d'une cause juste, mais très difficile à défendre. Peut-être que vous vous dites que tout ça, ça peut se trouver dans les livres mais travailler auprès d'Anne-Marie, ça m'a permis d'entendre et de revivre des moments de l'histoire du droit des femmes et des luttes sociales à travers les multiples anecdotes, expériences, récits, confidences de son histoire. Et de celle des autres femmes avec qui elle a fait tout ce chemin, évidemment, parce que c'est une une affaire collective. Anne-Marie était un livre ouvert et vivant que l'on ne trouve pas dans les rayons d'une bibliothèque universitaire.
Ensemble, on a fondé une association à l'époque, j'ai vingt cinq ans, une autre association. C'est une expérience partagée avec des centaines de femmes qui m'a donné confiance en moi. et de comprendre l'importance du pouvoir d'agir intérieur de chaque personne et à démultiplier à plusieurs.
Mon prénom, c'est Ludovic. J'ai débuté mes premières transitions professionnelles, comme très souvent dans le monde étudiant. Vous savez, on a tendance à suivre des études. On fait quelque chose, mais on ne se sent pas à sa place, on se demande pourquoi on est en train de les faire, ces études-là. Est-ce qu'elle sert vraiment à quelque chose? Du coup, comme certains jeunes, j'ai un peu erré. Un petit peu à côté de la norme. Les études s'annonçaient pas être le fort et pas être le meilleur pour tracer ce que la norme aurait appelé une carrière. Puis les hasards de la vie m'ont amené sur une première transition entière. Mais ça y est, t'as trouvé ta voie.
Comme tout le monde, je suis rentrée dans le monde professionnel. Je me suis bien amusé pendant un an. Je me suis même éclaté. J'ai exercé le métier non plus en boutique, de commercial version VRP, ça parlera pas peut-être à certaines générations : VRP : voyageur, représentant placier. C'est celui qui vient, qui fait au porte pour vous vendre un peu de façon forcée les choses, l'archétype du Jean-Claude dans la série caméra café. J'ai été VRP en photocopieur.
Je vous promets que c'est sympa. C’est pas « Je vous pose en bas de la barre d'immeuble », c'est « je vous pose à l'entrée de la zone industrielle, je viendrai vous récupérer à midi ». Du coup, vous n'avez pas de bagnole pour vous barrer. Et maintenant tu remontes la rue, objectif essayer de caser tes photocopieurs dans la matinée. Vas pousser des portes et vas les vendre coûte que coûte. J'ai été formé par les Jean-Claude en question. J'ai découvert des trucs improbables dans le commerce. Moi qui en vente boutique, je vous rappelle, j'étais parti sur : c'est sympa: je permets à quelqu'un de répondre à son besoin. Non, là je permettais pas à quelqu'un de répondre à son besoin, je lui faisais croire que j’allais répondre à son besoin. Ça commençait à pas vraiment me plaire ça. C'était plus ma façon de voir les choses. Je commençais à quitter un petit peu ce monde que j'aimais bien, je vendais plus j’arnaquais. Du coup, cette arnaque, ça me plaisait pas. Je me suis dit je vais changer d'employeur. C'était à cause de cet employeur là, je vais aller vendre des produits qui correspondent un petit peu plus aux besoins de mes clients.
Quatre employeurs, un an. J'ai même changé de secteur d'activité à un moment. Là aussi, je me suis éclaté. Après les photocopieurs, je suis parti vendre un truc qu'on utilise tous, tous les jours et qui nous paraît complètement naturel. Ça s'appelle des terminaux de paiement électronique. Je retrouve mon passé. Je me retrouve à nouveau à avoir l'impression de faire de la vente forcée. Ça va bien sur mon compte en banque. Ça va bien dans ma vie de tous les jours, grâce à ce fric, je m'éclate, je voyage. C'est super, c'est sympa quoi. J'ai pas de problème, j’ai un toit sur la tête, je mange et, effectivement, je peux même, vu les marges que je me fais, vu les commissions que je réussis à faire, je peux aller voir s'il fait beau à Madrid quand j'en ai envie. J'habitais Paris. J'ai toujours aimé les plages landaises. Je pouvais dire sur un coup de tête: bon, on est vendredi soir, tant pis pour la planète, on saute dans une voiture et on va voir s'il fait beau à Hossegor, quoi. J’ avais les moyens de vivre comme je le voulais.
Mais y’a un truc qui n’allait pas, parce qu'au fond de moi, il y avait toujours cette petite voix qui disait: ouais, mais lui par contre, tu l'as mis dans la merde là. Lui. Il l'a acheté le truc. C'est grâce à lui que t’as la comm. Maintenant, il va falloir qu'il sorte cent vingt balles par mois. Mais c'est pas sur qu’il les ait. Si ça se trouve un jour, tu verras, tu passeras dans la rue devant la boutique et tu verras le panneau fermé. Tu pourras dire, j'ai participé à le mettre dans la merde. C’est en tenant ce discours à cette copine. Mais en fait ce que tu veux faire, c'est pas vendre c’est conseiller. C'est le conseil que t'aimes, c'est pas la vente. Et les hasards de la vie ont fait, c'est une copine. J'ai une copine à moi, la copine de la copine. Ouais, ça arrive comme ça. Sa mère est dans un cabinet de chasseuse de têtes. Et en ce moment, elle aimerait recruter des personnes pour faire du conseil en formation. Dix huit ans de métier de conseiller en formation.
Et en 2018. C'est là qu'arrive le titre. J'en avais ras-le-bol. C'était sympa. Mais j'avais largement fait le tour du métier. Et puis, en plus, le métier était en train de changer. J'ai fait 18 ans où j'ai pu faire du conseil individualisé. Et malheureusement vers la fin, vers ces années 2018, j'avais un siège national qui était en train de me dire: « non, non, tu fais pas du sur mesure pour tes clients, nous, à Paris, on a construit un super produit type et la réponse à son problème, tu vas le chercher sur l'étagère à Paris et tu lui amènes sur sa table à lui ». Ça va pas, monsieur. Moi, je m'éclate parce que je donne des conseils personnalisés, parce que j'accompagne et je réponds à des besoins. Là tu es en train de me ramener loin, loin, loin derrière « Vends ça ». Faut que j’me barre.
Ma dernière transition professionnelle, 2018. La loi s'appelait « Liberté de choisir son avenir professionnel ». Tu seras quand même indemnisé par ceux qui s'appelait encore Pole Emploi, qui est devenu France Travail. Je pouvais me jouer une transition sans aucun risque. Je l'ai pris à 100%, au pied de la lettre, moi, le texte de la loi. J'ai posé ma dem. en me disant: je vais être indemnisé. Je suis parti me former avec mon CPF, ce qui m'a permis d'aller chercher quelques compétences de formateur. Dans la foulée, j'ai créé ma structure. Ça, c'est pour la partie liberté. J’en a eu marre de bosser pour les autres et depuis, je bosse pour moi. Liberté de choisir son avenir professionnel par le biais de plein de transitions.
Parfait. Donc je m'appelle Marion. Quand j'étais petite, j'ai beaucoup déménagé. Mes parents habitaient à droite, à gauche, des vrais nomades pour le travail, et nous on est enfants, donc on les suit. Et j'ai vécu dans plein de villes, dans plein de pays différents. Après, j'ai fait mes études à Marseille et de là, je devais faire un stage de fin d'études dans un pays hispanophone. Et j'ai choisi très, très loin. J'ai pris l'Argentine. Ça avait l'air super exotique. Donc là, je me suis retrouvée dans un job qu'on qualifierait de rêve, avec un bon salaire. J'ai travaillé pendant 5 ans dans une grosse boîte dans le secteur automobile et j'avais la vie de cadre, je vivais dans un duplex en centre-ville, au 18 ème étage, avec une piscine sur le rooftop. Vraiment, je cochais toutes les cases de ce qu’en école, on nous avait dit ce qu'était le succès. Et aussi, ce qui rassure beaucoup les parents, parce que si c'est cadré, quoi, c'est stable et ça, les parents, ils aiment bien. Donc j'étais fière de moi.
Et puis, j'ai trouvé un petit argentin là-bas. On s'est mariés, tant qu'à faire. Et puis j'ai décidé de déménager en France, parce que ça faisait déjà 5 ans, ça, c'était le plus long que j'avais vécu un endroit. Je me suis dit: faut continuer à bouger on va pas être statique, y a plein de choses à découvrir. Et puis on va faire quelques années en France. Comme ça tu découvres mon pays. Et donc, arrivés en France, j'ai dit: c'est l'occasion de tester l'entrepreneuriat, parce que on a déjà fait entreprise, on n'a jamais fait l'entrepreneuriat. Y'avait un truc qui me bottait bien, c'était l'agriculture urbaine. Et en Argentine je m'étais formée à des techniques qui permettent de faire pousser des plantes dans l'eau. En France, c'était pas très, très connu cette technique là. Et puis il y avait quand même tout un côté écologique à cette technique. Donc, je voulais vraiment la développer. Mais pour s'installer sur des toits en ville, il faut de l'argent. Donc il faut des investisseurs. Et pour que les gens investissent, il faut faire ce qu'on appelle un P .O.C. : a proof of concept. Donc, en gros, c'est une ferme pilote qui montre que, techniquement, la technique ça marche et qu'en plus, on peut en vivre. Et une fois qu'on a fait cette ferme pilote, on va voir les banques, on va voir des investisseurs. Ils me disent: « Yes, on vous suit ».
C'est là que, du coup, par la force des choses, on s'est retrouvé à la campagne. Et je dois avouer que maintenant, avec le recul j'essaye de ne pas me mentir à moi-même et je me souviens très bien ce que je pensais à l'époque, j'étais pleine de préjugés et, même si c'est très honteux à avouer. Je pense que c'est important de se souvenir de ma mentalité de l'époque, parce que ça fait partie de qui je suis et de qui sont plein de gens et j'étais persuadée d'être un peu supérieure aux gens de la campagne et d'avoir un peu plus de culture, d'être un peu plus intéressante, parce que moi, j'avais fait plein de trucs. Donc, je les avais ces préjugés, et je me suis rapidement pris des bonnes claques et donc c'était bien. J'ai pris une bonne petite leçon d'humilité parce que j'ai très vite vu que les propriétaires de notre serre, qui étaient des agriculteurs ; au premier dîner chez eux, bibliothèque impressionnante, on a parlé géopolitique toute la soirée. Ils m'ont vraiment retourné le cerveau. J’ai fait « Oh purée, j'étais mal informée ». Hé, donc, après ça, j’en recevrais plein d’autres des claques, c'est normal, ça fait partie du chemin de l'apprentissage.
Le temps a passé et il s'est passé quelque chose qui est vachement intéressant, c'est qu’il y a eu tout un apprentissage passif du simple fait de vivre à la campagne avec tout ce que ça implique donc les gens, la nature, les relations sociales et humaines et tout. En fait ça a déteint sur nous. On n'a pas cherché à changer. Mais force est de constater qu'au fur et à mesure des années- parce que cela fait maintenant treize ans- en fait, on a vraiment, on s'est transformé. On va s'intéresser à la météo, plein de choses qui m'intéressaient pas du tout avant, alors que c'est censé faire partie de nous, l'humanité. Et donc, évidemment, la façon dont on se nourrit, c'est lié et très vite, j'ai vu que il y avait des saisons. Il y a des trucs qui sont pas de saison. Maintenant, il y a tout un discours autour des légumes de saison et tout. J'ai l’impression qu’il ya dix ans, il y avait pas du tout ce discours, moi je m'étais jamais posé la question de ne pas manger de tomates en hiver. Faut pas manger de tomates en hiver. C'est vraiment une catastrophe écologique, mais du coup, maintenant, j'arrive à le vivre comme un plaisir. Parce que, du coup, la tomate, on est sevré, tomates, courgettes, oignons, heu pas oignon, poivrons, aubergines, et tout, on n'en mange pas pendant plusieurs mois. Mais du coup, quand elle revient, c’est une fête, c'est la teuf. On se souvient de la première tomate, on va kiffer pendant toute la saison. La dernière, on va lui faire une cérémonie de la dernière tomate, là où, avant, en fait, c’était les mêmes tomates, c'est juste comme on en avait tout le temps, c'était jamais une fête, c'est plat, l'émotion est plate, alors que là, du coup, ça fait des vagues, Waouh !
Alors tout ça, c'est très lié à des choses qui, d'un coup, ça a pris de l'importance pour moi et ça me génère du bonheur. Je trouve que c'est cool parce que le bonheur est d’un coup plus accessible. C'est beaucoup plus facile de kiffer sa première tomate que de kiffer parce que j'ai acheté un jean d'une grande marque. Je trouves que ça ramène à des choses qui sont beaucoup plus simples et accessibles.
Valentina : Est-ce que nous avons réussi à nous taire intérieurement, le temps du récit ? Ça. Ça serait donc une première, une première question. Est-ce qu'il y a eu des résonances, est-ce qu'il y a eu des mots qui vous ont justement, touchés, éclairés même parfois, parce que quand on entend quelqu'un dire son expérience, son vécu, il peut dire des mots qui éclairent ce que je vis, ce que j'ai vécu, ce que je voulais dire, mais je n'avais pas le mot. L'autre l’a dit. Et puis, tout simplement, ces vécus, qu'est-ce qu'ils nous ont appris, dans le sens plus large?
Karine : En fait, moi, ça m'a... Déjà merci, parce qu'alors ça m'a apaisée, ça m'a fait du bien, cette écoute complètement inhabituelle, et ça agit sur tellement de choses après, ça m'a vraiment bouleversée. J'en suis encore émotionnellement traversée. Donc merci.
Caroline : Moi, je veux bien partager cette expérience de l'écoute, qui est passée d'abord par le corps. C'est-à-dire que, vraiment, il y a eu des moments où je ne respirais presque plus. Il y eu des moments où j'ai senti mes yeux, effectivement, qui piquaient, et des moments j'avais souri ou je sentais dans mon corps que ça se nouait, ça se détendait, j’avais la chair de poule.
Anne-Sophie : Et moi, je compléterais ce que tu dis sur cet exercice de se taire à l'intérieur de soi pour arriver à écouter complètement et en même temps, moi, dans les trois témoignages aussi, ça été la résonance hyper forte. Tout en étant dans cette posture d'écoute et de ne rien se dire aussi dans sa tête. Et en même temps, dans les émotions ressenties, moi, à chaque fois, j'étais à votre place, pleinement, et donc du coup, c'était aussi hyper riche à ce niveau-là.
Marion : Moi, je te rejoins aussi. J'ai trouvé que on était en position de vulnérabilité. Parce qu'en fait, on a l'habitude, de quand on raconte des choses, de prendre les feedbacks, de se baser dessus pour aller un peu orienter son discours, pour aller un peu en face, dans le sens de celui qui nous écoute. Pour garder des bons liens sociaux, c'est utile quand même cette capacité. Mais du coup, à aller jusqu'au bout du truc sans prendre les feedbacks, c'est de se dire oh là là, aussi bien il pense pas du tout comme moi, il me déteste. Et donc ça nous met en situation de vulnérabilité. Mais du coup, ça fait des récits qui sont plus honnêtes. Et donc c'est probablement pour ça que c'est plus émouvant aussi.
Thierry
Moi j'ai envie de témoigner que j'étais à la fois dans l'écoute verbale et dans l'écoute non-verbale. Donc, je voyais les personnes qui racontaient, se transformer au fur et à mesure dans leurs récits. Devenir de plus en plus belle. Et en plus à un moment, moi j'avais une petite larme dans l’oeil et je ne comprenais pas trop, parce que je me disais bon ça doit être un phénomène physique. En fait, je me suis rendu compte qu'en face de moi, il y a quelqu'un qui pleurait pas à chaudes larmes, mais quasiment. Ce n'est pas la personne qui racontait, d'ailleurs. Mais voilà donc, on était dans une phase de transmission non verbale. Intense. Très agréable à partager.
Frédérique Danartigues : Tout ce que vous dites ça fait vraiment écho. Mais une question qui est un peu que j'ai un peu là depuis que j'ai entendu les récits, c'est comment on en est arrivé là, en fait ? Comment on en est arrivé à aujourd'hui à trouver cet exercice si rare. Et si étonnant, alors qu'on est des animaux dotés de cette capacité de s'écouter et de se parler, et comment on est aujourd'hui transcendé par une situation: pendant un quart d'heure on écoute quelqu'un parler. Certes, en essayant de ne pas être dans le jugement, ne pas être interventionniste, de juste écouter, et en fait, on a plus ça dans nos vies. Et voilà quelle tristesse quelque part, de d'être dans un monde où on n'a plus ça quoi.
Fatima : Moi, je veux juste témoigner que je me suis fait avoir. Marion a commencé son récit par dire: « Je parle vite parce qu'on me coupe souvent ». Et, en fait, moi, je suis parti dans un délire, je me suis dit: mince, là il y a de la violence. A quelque chose qui va se passer dans son récit où va nous parler de d'une violence. Voilà et pas du tout fait. Quand, quand elle a commencé à dire: je suis revenu en France avec mon mari, je me suis dit bien non, c'est hum, tu vois que tu t'es planté. C'est pas du tout ça. Donc c'est intéressant. Du coup, je dois aussi analyser, moi. Pourquoi, tout de suite, j'ai fait çe truc là.
Frédérique Bertelet
C'est terminé pour aujourd'hui. J'espère que ces récits sensibles ont eu aussi des résonances chez vous. Je vous laisse en musique avec ce morceau intitulé « Canopée rouge ».
Transcription effectuée par le transcripteur libre Scribe-Céméa et rectifiée par votre serviteuse !




