Espaces et apprentissages
![]() | Comment l’espace influence-t-il nos envies d’apprendre et s'adapte-t-il aux activités d'apprentissage ? Un entretien avec Marie-Christine Llorca, docteure en sciences de l'éducation. Elle apporte de nombreux repères issus de ses learning expéditions. |
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La maison Babayaga de Toulouse par le collectif d'artistes Salade Suprême
Nous abordons
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Résumé de nos échanges
Contexte et Lieu :
L'entretien se déroule à la Maison Babayaga, un lieu culturel à Toulouse, transformé par le collectif d'artistes Salade Suprême.
La maison, autrefois banale, attire désormais l'attention grâce à ses couleurs vives et ses installations artistiques.
Intervenants :
Frédérique Bertelet : Intervieweuse, explorant le lieu avec Marie-Christine Llorca.
Marie-Christine Llorca : Pédagogue et docteur en sciences de l'éducation, passionnée par les espaces d'apprentissage.
Discussion sur les Espaces d'Apprentissage :
Influence des Espaces : Les espaces influencent nos comportements et notre envie d'apprendre. Par exemple, les couleurs et les dispositions peuvent orienter nos mouvements et nos perceptions.
Flexibilité et Interaction : Les adultes ont besoin d'espaces flexibles qui favorisent l'interaction et la collaboration. Les zones collaboratives et les murs-écritoires sont des exemples de cette flexibilité.
Confort et Biophilie : Le confort, la lumière naturelle, les plantes, et l'accès à l'eau sont essentiels pour un environnement d'apprentissage agréable. La biophilie, ou le besoin de se connecter à la nature, est un élément clé.
Inclusion : Les espaces doivent être inclusifs, tant physiquement que cognitivement. Cela inclut des aménagements adaptés aux besoins des utilisateurs et une démarche de co-construction avec eux.
Tiers-Lieux et Apprentissage :
Tiers-Lieux : Ces espaces combinent organisation et bazar, offrant une immersion dans un environnement dynamique et inspirant. Ils favorisent l'acquisition de compétences grâce à leur flexibilité et à la présence d'animateurs facilitants.
Pédagogie et Espace : Un lieu peut influencer la pédagogie. Par exemple, des espaces flexibles peuvent inspirer des méthodes d'enseignement actives et interactives. L'environnement numérique joue également un rôle crucial dans ces espaces.
Exemples et Outils Numériques :
Gather.town : Un environnement d'apprentissage numérique où les apprenants peuvent se déplacer et interagir via des avatars, favorisant une communauté apprenante.
Écosystème Numérique : Intégrer le numérique dans les espaces physiques pour enrichir l'apprentissage, avec des ressources accessibles en présentiel.
Conclusion :
Les espaces d'apprentissage, qu'ils soient physiques ou virtuels, jouent un rôle crucial dans l'engagement et la motivation des apprenants. Leur conception doit être réfléchie pour répondre aux besoins variés des utilisateurs et favoriser une pédagogie active et interactive.
Résumé élaboré par l'IA de Mistral, le Chat, à partir de la transcription intégrale (ci-dessous) et rectifié par mes soins.
Transcription de nos échanges
FB :
Aujourd'hui, j'attends Marie-Christine Llorca, pédagogue, docteur en sciences de l'éducation, devant le lieu culturel de mon quartier qui s'appelle la maison Babayaga à Toulouse.
C'est une vieille demeure typique toulousaine auquel personne ne faisait vraiment très attention, jusqu'à ce qu'elle soit transformée par le collectif d'artistes Salade Suprême. Depuis qu'elle a été investi par ce collectif d'une cinquantaine d'artistes, tous les passants s'arrêtent pour la regarder. Et puis on peut entendre des « Ouah, c'est génial, on se croirait dans un décor de dessin animé ! » Il faut dire que la façade est rose, mauve, bleu, vif, bleu électrique, vert, vif. Et puis il y a comme une espèce de tube en fil de fer modélisé qui descend depuis la fenêtre du premier étage, pour aller jusqu'au sol.
On a vraiment envie d'en savoir plus, de connaître les artistes, leurs oeuvres. On a envie d'entrer dans cet univers particulier pour comprendre la magie du lieu, pour participer aussi, éventuellement, à l'élaboration de cette oeuvre immense.
Au fil de notre déambulation, nous allons tenter de comprendre comment l'espace influence nos envies d'apprendre et comment l'espace peut aussi s'adapter aux activités d'apprentissage.
FB : Bonjour Marie-Christine.
MCL : Déjà, je suis arrivé devant la maison Babayaga, que je ne connaissais pas et est-ce que ça me transforme un peu ? peut-être. Je suis un pur produit de la pédagogie, je suis passionnée, de voyage apprenant, de ce qui se passe ailleurs pour voir comment ça marche, de forum de la pédagogie et d'animation d'équipes dynamiques comme la Team Ago.
FB : Pourquoi t'intéresses-tu aux espaces, aux espaces d'apprentissage plus précisément ?
MCL : Je m'intéresse aux espaces parce qu'en fait, on apprend tout le temps en contexte, mais on ne s'en rend pas forcément compte. Ces contextes sont sensibles, kinesthésiques, on bouge dedans. Alors, des fois on est impatient de bouger dedans, d'ailleurs. L'espace n'est pas forcément repéré comme ayant un effet et on va parler d'effet Nudge, je ne pas exactement comment ça se prononce, mais en tout cas avec le fait que l'organisation, la façon dont c'est disposé a un effet, a une influence sur nos comportements.
Par exemple, tu as deux zones de couleurs, on va les percevoir et elles vont nous influencer pour aller dans un sens ou dans un autre. C'est un peu imperceptible, mais en fait, ça nous oriente. Mais surtout, je m'y intéresse depuis très longtemps parce que j'ai des pratiques de danse contemporaine, de théâtre et de théâtre de rue. Et là, l'espace, on peut pas faire sans. Il y a comme trois dynamiques: t'as un espace, tu le prépares, t'as une intention ou alors tu vas t'y adapter. Il est comme il est, mais tu vas pouvoir aussi le hacker tu vas le détourner de son usage et en fait ces trois dynamiques m'intéressent particulièrement.
FB : Là, on rentre par l'arrière de la maison.
MCL : Là on arrive à dans un couloir. En fait, c'est très immersif, c'est à dire, ça arrive au dessus de nous. Une masse rouge, finalement à deux visages et deux mains bleues. Tu l'appelais le monstre de douceur, et je trouve ça intéressant parce qu'il y a c'est un peu inquiétant et en même temps, on a envie de se lover dedans. Voilà, donc ça donne cette sensation en bout de couloir. C'est un doudou, un doudou géant rouge.
FB : Celui que moi j'ai appelé le monstre de douceur, mais en réalité, il s'appelle Mamayaga qui a été fait par Noëlle Kmu et Maxime Piccoli.
MCL : Effectivement à nouveau, ça donne envie et ça donne une atmosphère, une, une sensation mixte inquiétant, rassurant, là en l'occurrence.
FB : Alors, c'est quoi l'influence des espaces dans lesquels on évolue sur l'apprentissage ? Je pense à l'apprentissage des adultes qui a peut-être pas la même influence sur l'apprentissage des enfants.
MCL : Disons que l'adulte va avoir peut-être besoin qu'il repère déjà l'enfant on va lui proposer. Et on peut peut-être parler. Il y a un besoin d'interaction aujourd'hui accrue chez l'adulte. Le fait de pouvoir collaborer facilement, de discuter pour résoudre des situations, de discuter à plusieurs. Ça peut être soutenu par la flexibilité des espaces. Ça va vraiment être un maître mot: la flexibilité des espaces. La présence de zones collaboratives où tu sens, en tant qu'adulte, que tu peux aller vers sans trop de difficultés. Tout ce qui sera mur écritoire, ou tu vois des mur-écritoire, pour produire soit en petits groupes, soit de façon plus élargie. Et, du coup, le travail sur l'acoustique va extrêmement contribuer à la capacité à travailler ensemble sans que ce soit trop bruyant. C'est le problème des open space, d'ailleurs, aujourd'hui.
Et après, corollairement, l'adulte a besoin de temps calme, de temps de retrait, ou tu peux éventuellement passer des coups de fil parce que tu n'as peut-être pas envie d'être en formation en continu. Tu vois, dans un espace-temps. Et là tu vas avoir le modèle de Rosan Rosch qui va parler de grotte. Sinon on va avoir toutes ces cabines un peu isolées et Steelcase a créé des tentes un petit peu atypiques et insolites qu'on met dans des espaces de travail.
Après, j'avais envie de parler d'un troisième besoin, peut-être c'est tout ce qui est confort, plaisir d'être là. Et dans le confort, on va avoir tous les travaux sur la biophilie. La biophilie a été défini comme un besoin naturel de l'individu à aller vers la nature dans les années 80. Le besoin naturel aujourd'hui est remis en cause, mais tu vois ça être tout ce qui est lumière naturelle, par exemple ici, le fait que ce soit lumineux va donner envie. Tout ce qui est le renouvellement de l'air, par exemple le fait que ça puisse être aéré ici en discuter, ici une des difficultés est que l'on a la moquette, qui est très poussiéreuse. Et suivant les apprenants, ça peut être gênant pour se concentrer sur les apprentissages. Moi j'en fait partie, par exemple. Les plantes parce qu'elles renvoient à la nature, dont les plantes dedans dehors et la vision sur les plantes au dehors ici, c'est très important d'avoir une vue sur le jardin depuis les fenêtres. A la fois, ça reconcentre et ça redonne du plaisir dans l'apprentissage, la vision sur les plantes.
L'accès à l'eau, alors ça, ça a l'air bête. Mais au Québec, par exemple, on ne va pas chercher de l'eau aux toilettes. Chez nous, oui, souvent. Donc, il y a des fontaines à eau et des accès à l'eau facile, à la fois pour se faire un thé, mais pour aussi se régénérer en buvant de l'eau, sans que ce soit associé à l'endroit toilettes, c'est pas un endroit joyeux.
Et tout ce qui est matériaux, bois, là, ici, le plancher, ça va être inspirant, mais aussi les sons, les parfums. Ouais, tu vois, c'est tout ça qu'on va rappeler, la biophilie.
Et du coup, tu peux, soit le lieu est porteur de ça, soit tu peux l'installer en ayant une intention pédagogique. Par exemple, tu vas faire faire des travaux de groupe et faire passer des chants d'oiseaux. Les gens ne vont pas s'en rendre compte, mais le type de production en est modifié. En gros, tu vois, c'est ce type de d'environnement qui est en de ça même du bâti, finalement, c'est qu'est-ce que tu installes dans, dans un environnement d'apprentissage. Voilà à peu près ; il y aurait d'autres choses à dire, mais c'est l'essentiel qui me parle.
Alors, ouah, alors là on arrive dans une pièce avec des, comment on pourrait dire, c'est des affiches.
FB : Des affiches de rues des affiches de rue, de quartier.
MCL : oui voilà, comme si c'était des tags, mais en fait c'est des petites affiches A4. avec un peu toute avec le même patte graphique.
FB :« J'organise une petite fête. »,
MCL : « Cherche balade. », « Cordialement. » avec un paradoxe.
FB: visuel, oui, visuel qu'on va pas décrire.
MCL : et une énorme tête en papier mâché, on pourrait dire visage, qui sort du mur, qui est en relief par rapport au mur, alors
FB : qui fait un peu peur quand même.
MCL : Qui fait un peu peur. Par exemple, moi, dans cette pièce, je n'aurais pas forcément envie d'apprendre quelque chose. Je me sentirais un peu menacée par les visages, donc la sensation de confort et de quelque chose de rassurant pourra jouer sur une envie d'apprendre. D'ailleurs, quelqu'un lui a un peu appuyé sur le nez.
FB : Après un petit passage ouvert, avec une flèche d'ailleurs.
MCL : ça c'est marrant. Juste là, les mains, là beurk, qui ont l'air de m'attraper par, par les cheveux.
FB : Oui, il y a des univers qui ne sont pas toujours rassurants, qui se mêlent avec d'autres univers super graphiques, intéressants.
MCL : En fait, c'est, quelle est la fonction voulue d'un lieu si, là, on veut que ce soit un lieu d'expo où on va être en immersion dans des environnements différents, ben ça marche, c'est-à-dire qu'on se balade de pièce en pièce, ce qui est un peu le projet des musées. Finalement, tu vois, ou des expos. Si, tout à coup, je me dis: qu'est-ce que c'est un lieu apprenant? Il y a par exemple les paramètres ça a l'air dangereux. Off, ça va limiter. Ça a l'air inconfortable. C'est où est-ce que je peux me poser pour réfléchir, pour collaborer? ça va limiter. Tu vois, tu as presque des non critères, j'ai envie de dire, par rapport à ce que ça inspire l'apprentissage. Par contre, ça peut inspirer des idées que je vais collecter pour en faire quelque chose. Mais pas forcément me poser là pour sereinement apprendre. Mais ça peut être un lieu d'inspiration très fort par contre, si c'est dans une consigne du style, « Comment créer quelque chose en s'inspirant de ce lieu? » oui, voilà. Et peut-être j'irai produire dans le jardin, qui est plus rassurant, tu vois, je vais aller me balader ailleurs.
FB : Comment les tiers lieux comme celui-ci, que c'est un lieu culturel, contribue-t-il avec l'acquisition de compétences ou de savoirs?
MCL : Ben, c'est intéressant un tiers lieu parce que c'est particulier, tu vois. Aujourd'hui on parle de tiers-lieu apprenant. depuis quelques années mais de plus en plus aujourd'hui. Et en fait, un tiers lieu, ici, ailleurs, pour moi ça combine bazar et organisation. Et quand on y entre, bon, là, il y a pas des gens, il y a le lieu juste, mais ça, ça bruisse, ça vit, tu vois, et c'est un bazar attractif coloré. Il y a du mouvement des gens, une ambiance de ruche un peu, tu vois, de ruche, en général joyeuse, en plus, ça dégage quelque chose de plutôt sympa. Mais un tiers lieu a aussi des fonctions, une des fonctions et si la fonction est de faire acquérir des compétences, en ce sens-là il y a une organisation. Donc c'est ce mélange que je trouve intéressant. Mais qui est difficile à tenir entre le bazar et l'organisation. Bon après, c'est immersif, alors là on le voit. On est dans un, on est forcément immergé dans une atmosphère, un environnement. Et dans les fablab, puisque t'as parlé des fablab, la modalité est plus immersive qu'une formation hors tiers-lieu, parce qu'en fait les matériaux sont là, ils sont souvent pas rangés puis sortis. Tu vois, ça c'est une caractéristique, je trouve des tiers lieux. Et il y a une espèce de présence perceptive. Tu perçois qu'on pourrait faire des choses, un peu toujours ce que je disais, mais ça rejoint tu vois, cette histoire de Main à la pâte. Et la Main à la pâte, c'était le nom d'un programme d'acquisition des sciences qui a plus de trente ans déjà. Vraiment, c'est pas, c'est pas nouveau. Et on sent qu'on peut essayer, tâtonner, se tromper, expérimenter, écrire, gommer. C'est pas souligné en rouge. Tu vois, et que c'est pas forcément fait dans un ordre préétabli, où tu as un formateur qui te délivre les matériaux. Donc, il y a une espèce d'espace temps synchrone, qui est intéressant où tout est là en même temps et du coup, la posture des animateurs doit être facilitante. Là je sais pas trop ici. Puisque on est, on n'assiste pas à un moment vivant, tu vois, dans ce tiers-lieu.
FB : Là on est en autonomie, ici.
MCL : Voilà, alors on est en autonomie. Dans des tiers lieux type Fablab, il y a des animateurs. Et du coup ces animateurs , l'enjeu, c'est qu'ils soutiennent les projets des apprenants, qu'ils les comprennent et qu'ils les accompagnent à l'acquisition de compétences . Cette posture, tu vois, pour moi elle est, elle est bien, mais elle peut ne pas suffire, s'il manque justement une scénarisation pédagogique qui soit souple, adaptative, mais pré pensée. Ça peut être ça la difficulté d'acquisition des compétences dans le tiers-lieu et après, ce qui est super dans les tiers lieux, c'est le collectif que tu n'as pas forcément dans de formations plus ordinaires. Le collectif, il est présent et il faut le solliciter pour produire. Un des enjeux, c'est ce qu'on pourrait appeler l'accueil, tu vois, dans un tiers-lieu, qui peut rater ou réussir. Parce que pour passer la porte d'un tiers-lieu, il faut être très autodéterminé, simple, très dans ses baskets et pas avoir peur d'aller vers les gens. Et, en fait, c'est pas forcément la caractéristique des gens éloignés de la formation qu'attendent les tiers lieux. Et du coup, comment on t'accueille ? si on t'accueille pas, tu vas avoir du mal à te sentir à l'aise dans ce lieu bruissant de choses mais où tu es finalement, timide à t'en saisir. Il y a des expériences en cours en Occitanie qui sont rassemblées par La Rôsée qui essaye de voir justement qu'est-ce qui sera facilitant.
MCL : L'un est dans une salle. Il y a des fauteuils. Et qui donnent envie de s'y asseoir. Pour le confort. Ah, super.
FB : là on pouvait parler d'inclusion. Puisque c'est des fauteuils qui paraissent un peu anti-inclusion, tout est à moitié penché,
MCL : comment ces espaces, finalement, peuvent être inclusifs ? Qu'est-ce qui les rend inclusifs ? Tu vois, dans l'inclusion, on pense d'abord à l'inclusion physique, et c'est important. Et dans l'inclusion physique, en fait ce qui va vraiment: la faciliter, c'est tout ce qu'on peut appeler démarche test avec l'usager, et c'est pas si répandu que ça. C'est que souvent, les lieux sont construits- les murs, puis les aménagements de dedans- par rapport à un imaginaire ou une norme même de d'espaces flexibles, tu vois qu'ont les commanditaires et les aménageurs d'espace. Et ça rate parce qu'en fait, quand les gens sont dedans, eux, ils ont une bonne perception de l'usage. Donc, plus tu fais des allers-retours en fait de coconstruction.
Et il y a pas longtemps, j'ai accompagné un CFA et on a pu faire du maquettage des espaces pour donner une info aux archi qui, en retour, te donnent des contraintes, parce que toi, tu les connais pas. Donc c'est ces allers-retours archi-usagers qui font que quand le le le c'est déposé, tu vois, quand le plan, les plants sont déposés on a quelque chose qui va satisfaire tout le monde.
Et après, je pensais à autre chose. C'est dans les meubles. Dans un lieu qui accueillait les enfants et les parents à Montréal. c'est un petit peu comme le coin sous l'escalier. Ils avaient créé dans le faux-plafond en haut, un lieu où seuls les enfants pouvaient aller. Donc là, aucun adulte ne pouvait y aller, sinon tout s'écroulait. Donc, c'était fait pour les enfants. Et, à contrario des super chaises à roulettes pour des ados, de CFA qui écroulaient les chaises, les mettait en difficulté d'apprentissage parce que, du coup, il a été choisi autre chose: des chaises larges, légères, solides. Et on avait enlevé la passion de la roulette. Tu sais, l'espèce d'attraction pour la roulette qui « roulette égale modernité ». Tu vois donc, là, c'est «faire avec ».
Et après un autre point qui me paraissait important pour cette histoire d'intégration, ce que je citais tout à l'heure, peut-être parler d'inclusion cognitive. Tu vas avoir des besoins de calme, de collectif, de sortir, de prendre l'air, de discuter fort, pas fort. Et si tu penses pas aux variations des espaces, finalement l'inclusion cognitive si tu la rates, elle limite l'apprentissage.
Et puis l'inclusion culturelle. Elle est drôlement importante parce que, sinon, les gens ne se sentent pas habilités à se saisir du lieu. Et ça c'est pas évident. Alors, en Australie par exemple, ils travaillent pas mal sur des fresques faites avec les apprenants, quand le le bâti est fait pour qu'à l'accueil les couleurs, les fresques, etc. rendent compte, voire même ils donnent les noms des écoles avec des lycées pour que les gens se sentent chez eux. Et ça, c'est pas tant travaillé que ça, j'ai l'impression chez nous. Tu vois le, l'inclusion culturelle. Je sais pas, faudrait voir. En tout cas, tu peux renforcer ce sentiment d'inclusion en concevant les espaces déjà, en les concevant pour le public, mais avec les publics. Ça, ça va faire la différence. Alors ça prend plus de temps, plus d'aller-retour, c'est pas très satisfaisante des fois pour les commanditaires et les financeurs qui ont un calendrier de dotation de meubles. Mais on peut aller beaucoup plus loin. Toujours ce CFA, on a fait une salle expérimentale, avant de faire les salles définitives où les enseignants venaient tester ce que les les meubles leur donnaient envie de faire et mettaient en place des scénarii d'apprentissage différents dans cette salle. L'idée étant d'améliorer la pédagogie et les lieux. Tu vois ça va un peu plus loin, on colle un peu plus loin.
FB : Est-ce que le lieu peut faire modifier la pédagogie? Est-ce que une pédagogie peut être inventée grâce à un lieu finalement ?
MCL : bonne question. En fait, tu vois si t'as une pédagogie comment on va dire transmissive, le lieu idéal, c'est l'amphi et les tables rangées. Tu vois, parce qu'en fait c'est économique, que tu peux délivrer le même message à un nombre infini de gens, comme les masterclass en numérique, par exemple, qui n'ont pas besoin de bouger et d'interagir pour apprendre. Tu vois en fait, il y a des configurations d'espace qui collent bien avec des projets pédagogiques, mais dès que tu veux quelque chose qui soit actif, c'est à dire où les gens réfléchissent ; interactif où ils travaillent ensemble ; les espaces en gros, il vaut mieux qu'ils soient flexibles. Bon, pour répondre à ta question, quand on arrive dans un lieu, il peut, suivant sa configuration, tu vois qui va, on l'a vu tout à l'heure, donner envie, faciliter, pouvoir être modifié aussi à nouveau, cette flexibilité, te donner des idées.
Et, en particulier, des idées qui arrivent en ce moment, c'est tout ce qui est en dehors de la salle qui était dédié à la formation. Tu vois au Québec, ils parlent de contre classe t'as la classe et la contre classe.
FB : Informel, alors ?
MCL : ça va du formel à l'informel. Tu vois, dans le formel ce sera dans le couloir , il y a des tables installées exprès. Mais dans le couloir, il y a le couloir. Là c'est informel. Par contre pour qu'il soit saisi par les gens, va mettre des prises qu'il n'y avait pas, on va mettre une wifi qui marche partout, qui est gratuite, accessible. On va aider les gens à utiliser le numérique. Tu vois, il y a un accompagnement à se saisir aussi de l'informel. Mais ça veut dire que ton scénario va prévoir dans la salle de formation, mais il va regarder tous les espaces qui sont autour : le couloir, nous, on a pas trop de toit, eux ils ont pas mal de toit-terrasse, même en Australie, les toits, les jardins, les parcs. Si je m'éloigne, le parc là-bas. Et dans la formation adulte, en l'occurrence, on peut, si tu fais une espèce de visite élargie de ton espace hors de la salle de formation. Dans ton scénario, tu peux te dire: waouh, qu'est ce que je pourrais leur proposer de faire? où ? ça, tu vois c'est du formateur vers les apprenants. Et après il y a un truc très intéressant à faire, c'est raconter ton scénario pédagogique de la journée, mettons aux apprenants, et dire: vous, vous le verriez se dérouler dans quels espaces ? Qui sont autour de nous ? Et donc on s'accorde sur l'usage des espaces, et là, tu vois waouh, ça élargit tellement par rapport à nos salles de formations telles qu'on en a l'habitude. Donc, tu vois il y en a un espèce d'aller-retour entre l'espace qui va me donner des idées. Et moi, en voyant l'espace, je vais avoir des idées pédagogiques et je vais, on fait une espèce de coconstruction qui intègre l'espace comme un parallèle pédagogie, parce qu'en fait, c'est ça l'enjeu. Et là on va parler plutôt d'environnements d'apprentissage. Et on va voir l'espace, la pédagogie choisie, les interactions sociales et ce qu'on peut appeler un écosystème numérique, parce que l'écosystème numérique dans l'espace, il est super important.
FB : Oui, alors ça me fait penser à cet espace d'environnement numérique de salle, c 'est plus qu'une salle un environnement d'apprentissage numérique qui s'appelle Gather.town qui est fait pour des formations assez longues ou avec des apprenants qui sont tous à distance et qui viennent se réunir sur un espace où il y a des salles de réunion. Il y a une salle de restauration et un accueil même. Et alors, on peut se déplacer dans cet univers qui, un peu l'univers du jeu, très pixelisé. Et puis on voit qui est là, qui fait quoi, tiens lui il est au bureau, il est occupé, je vais pas le déranger, mais là je peux avancer comme dans un jeu vidéo, j'avance je vais dans la salle de réunion pour pour travailler avec des collègues, j'ai un tableau blanc que je peux allumer, je peux partager mon écran. Alors là, ça allume ma caméra, on voit mon visage. Vraiment, je partage mon écran.
Et puis on peut aussi aller à la salle à café, avoir des discussions informelles en œuvre. A tiens, il y a un tel qui est à la salle à café, vite j'y vais justement. Hyper drôle.
MCL : tu as un avatar ?
FB : Voilà, t'as un avatar qui se déplace dans ce jeu et tu peux allumer ou pas ta caméra, selon ton activité, l'activité que t'as choisit de faire. Donc, ça t'as l'impression d'être comme en entreprise, sauf que t'es dans un univers complètement recréé.
MCL : toi tu es en pyjama
FB : oui en pyjama, derrière son écran oui tout à fait. En tout cas, ça contribue à faire naître une communauté apprenante, un collectif.
MCL : Et donc à avoir besoin d'un espace qui dépasse les petites vignettes alignées de Zoom qui sont pas du tout en 3D dans un déplacement.
FB : oui, et puis, bon voilà, c'est toi qui choisis aussi, c'est toi qui est moteur de ton déplacement, de ce que tu veux faire. Si tu veux te réunir pour travailler collaborativement avec ton équipe, c'est toi qui le décide, c'est pas le formateur qui va te mettre dans une salle d'où tu ne peux pas sortir.
MCL : Ça peut être un outil complémentaire aux travaux, justement collaboratifs ou autogérés que tu as souvent en formation dans les temps qui sont pas encadrés par le formateur. Tu as une consigne de production, par exemple, autogérée. Ça sera intéressant de voir comment ça vient dans les modalités se combiner comme étant une autre modalité, finalement. Parce que, sinon, tu vois, je trouve que dans les formations à distance, on a des espaces qui sont celui où est le formateur et celui où sont chaque apprenant. En fait, ce qui est intéressant, c'est d'intégrer un morceau de l'espace de chaque apprenant, par exemple en les faisant se présenter, en allant vite chercher un objet chez eux, donc ça, met en fait quelque chose de de leur espace, comme si tu imaginais quinze ou vingt petites bulles. Il faut pas que les gens soient trop nombreux. Et du coup tu as un prolongement dans un espace physique.
FB : Et d'ailleurs, dans cet espace virtuel, chacun a son petit bureau qu'il peut décorer lui-même. Il peut y mettre des plantes, bon, c'est des objets pré-designés, il n'y a pas non plus un choix, c'est les sims. Tu peux choisir tes couleurs. Ton ordi peut être rose avec la plante verte au pot rose, ton bureau rose...
MCL : Et là, tu vois quand les australiens, parlent d'écosystème numérique, ils parlent en fait de l'accessibilité au numérique et en particulier, à la qualité des ressources que, nous, on a tendance à utiliser en distanciel, en dehors du présentiel, c'est à dire, on propose aux gens d'accéder à des ressources sur nos plateformes, mais quand nous, on n'est pas là en tant que formateur. Là, comme la pédagogie est modifiée, c'est-à-dire en gros, tu as 10% de consignes, 80% de production, 10% de débrief, alors que nous, on est très présent, en transmissif en présentiel, on donne de l'information. Là avec ce modèle différent, les ressources numériques dans une base de données qui pourrait être Moodle ou autres sont consultées en présentiel par les apprenants. Donc, il y a des équipements avec des casques, les ordis sont là, les tablettes, il y a ce que j'appelle un numérique intégré à l'apprentissage. Tu vois, c'est ça qu'ils appellent un écosystème numérique, dans le présentiel. Ça veut dire que on a une forte place de l'usage du numérique dans tous ses états. J'ai envie de dire, en collaboration avec le formateur, nous on ne fonctionne pas comme ça, pas assez. Donc ça serait complémentaire d'environnement que tu viens de citer, mais dans une multimodalité des apprentissages.
FB : Alors on va peut-être aller au bar. On peut finir par aller boire un verre, en bas, dans la cave.
Merci Marie-Christine pour cette vision large des espaces d’apprentissages physiques et virtuels, leurs implications sur l’état cognitif et émotionnel des apprenants, mais aussi côté formateur sur le scénario pédagogique et côté centre de formation sur la pédagogie et les innovations qu’ils peuvent engendrer. A très bientôt sur le podcast d'Ezlearn.
Transcription effectuée par le transcripteur libre Scribe-Céméa et rectifiée par votre serviteuse !
Pour tout savoir sur le projet « Chez Babayaga »
Vous pouvez visiter le site du collectif d'artistes « Salade Suprême » : https://saladesupreme.fr/residences/babayaga
Pour en savoir plus sur Marie-Christine LLorca
Marie Christine est docteure en sciences de l'éducation, pour en savoir plus et connaître ses publications, vous pouvez consulter le site : https://www.ago-formation.fr/teachers/marie-christine-llorca/














